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16 octobre 2006
La revalorisation des pensions des anciens combattants adopté par le conseil des ministres en France et qui sera inscrit au projet de loi de finances pour 2007 vient réhabiliter un devoir de mémoire longtemps ignoré.
Il était temps ! Cela allait faire 47 ans ce prochain décembre 2006. 47 ans depuis le 26 décembre 1959 exactement que le gouvernement du Général de Gaulle a décidé du gel des pensions et retraites des anciens combattants des ex-colonies françaises. Cette "cristallisation" comme l’appelle l’administration française s’est poursuivie jusqu’à aujourd’hui, affectant de manière injuste les 80.000 vétérans de 23 nationalités différentes qui subsistent. Il faut savoir que les anciens combattants des ex-colonies ne touchent que 30% de la somme que leurs camarades d’armes français perçoivent.
Les réclamations et le sentiment d’injustice n’ont eu cesse de revendiquer leur juste doléance auprés des différents gouvernements français mais rien n’y faisait.
Tout commence vraiment en 1985 quand deux avocats sénégalais décident de porter plainte contre l’Etat français auprès de la Commission des droits de l’homme des Nations unies. En 1989 cette commission donne son avis sur la législation française en la matière qui « heurte non seulement les principes de droit les plus élémentaires, mais aussi la morale et l’équité ».
En 1996 l’ancien sergent-chef sénégalais Amadou Diop décide de porter plainte. Engagé dans l’armée française de 1937 à 1959, il en avait été radié lors de l’accession à l’indépendance du Sénégal. Le 10 décembre 2001, le Conseil d’Etat confirme l’arrêt de la Cour administrative - intitulé arrêt Diop - en charge de l’affaire, jugeant que la distinction de traitement était une discrimination fondée sur la nationalité, contrevenant à l’article 14 de la Convention européenne des droits de l’Homme. La porte aux revendications des anciens combattants de tous les pays vient de s’entrouvrir.
Ce n’est qu’en 2002 que le gouvernement de Jean-Pierre Raffarin décide de revoir à la hausse les pensions. Mais devant l’ampleur d’un cout estimé à 1.83 milliards d’euros pour une revalorisation totale, celle-ci n’atteint que 20%, le gouvernement français utlisant le critère de la parité de pouvoir d’achat pour déterminer sa hausse.
C’est ensuite au tour de Michèle Alliot-Marie qui lors du 60ème anniversaire du débarquement en Provençe décide d’incorporer 32 millions d’euros au budget 2005 pour les vétérans d’ex-colonies.
En 1944, sur les 560.000 hommes de l’armée française, plus de la moitié (295.000) sont des « Tirailleurs sénégalais ». Un terme générique malheureusement retenu par l’histoire, qui masque le fait qu’il s’agissait des fils du Continent, du Maghreb à l’Afrique noire.
Pour rendre un hommage cinématographique à ces combattants souvent oubliés deux cinéastes s’attelent à la tâche. Le premier sera Pierre Javaux avec le film "Les Enfants du Pays" qui évoque l’histoire d’une patrouille de 5 tirailleurs sénégalais perdus dans l’immense forêt des Ardennes en mai 1940. Le film sort en avril 2006 et remporte un franc succès malgré le peu de moyens mis à disposition.
Le deuxième aura un effet coup de massue dans le milieu artistique et politique. Rachid Bouchareb avec son film "Indigènes" ramène une seconde fois à la lumière le courage et l’abnégation de ces soldats souvent oubliés.
Les cinq acteurs principaux raflent au passage le prix d’interprétation masculine au Festival de Cannes 2006 et le film poignant de vérité sert de catalyse à la déclaration du président Jacques Chirac qui viendra enfin achever un devoir de mémoire trop longtemps incomplet : « Nous le devions à ces hommes, qui ont payé le prix du sang, et à leurs enfants et petits-enfants dont beaucoup sont Français. C’était une question de solidarité, de justice, de reconnaissance. Cette mesure juste, est aussi une façon pour la France de réintégrer pleinement cette mémoire dans l’histoire nationale ». Le président français décide de revaloriser au même niveau que leurs congénères français les pensions et retraites des "Tirailleurs".
Bien que les arriérés des 47 ans de gel ne seront sûrement jamais rétablis et que cette revalorisation n’aura pas une grande incidence dans l’absolu, on espère que cette reconnaissance aura de quoi redonner du baume au coeur d’Amadou Diop et des autres vétérans qui n’auront pas vécu assez longtemps pour voir ce jour.
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Jaime Mayaki - Photos : http://www.rfi.fr, http://warflag.com