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4 juin 2008
Les habitués le reconnaissent de par sa grande taille et son teint noir. A 44 ans, Adama Bakhoum, entraîneur des Jambars champions du Sénégal, a connu ses premières passions avec le ballon ovale alors qu’il était militaire. Marié et père de deux enfants, il quitte l’armée mais reste encore attaché à son amour pour le rugby.
Le responsable du « rugby à 7 » sénégalais revient avec nous sur ses débuts.
Le221 : Voulez-vous nous rappeler votre parcours en tant que joueur ?
Adama Bakhoum : C’est vers les années 1989 que j’ai débuté mon parcours rugbystique alors que j’étais dans l’armée au bataillon de parachutiste. A l’époque, l’armée avait décidé de créer une session de rugby au sein de l’Asfa. C’est ainsi que j’ai été choisi parmi tant d’autres personnes. Nous avons alors formé la première équipe militaire du Sénégal et j’ai attrapé le virus. Quand je suis sorti de l’armée, j’ai continué à jouer dans un club civil Les Caïmans, où j’ai passé deux ans. Puisque je commençais à prendre de l’âge, les chocs devenaient de plus en plus sérieux et la récupération plus longue. Du coup, j’ai décidé de m’investir dans l’encadrement. De là, m’est venu l’idée de mettre en place le club des Jambars avec certains amis. Aujourd’hui, c’est un club qui compte dans le championnat national.
Le221 : Quel engouement avait le rugby à cette époque ?
AB : Il y avait essentiellement des équipes françaises : des coopérants, les deux bases militaires françaises et les Caïmans composés de sénégalais, de libano-syriens et de français. Après, nous sommes devenus la seule équipe sénégalaise à 100%. On pouvait dire que le rugby était considéré comme un sport de riches ou de blancs. Maintenant, ça a beaucoup évolué. Les gens ont compris que ce n’était pas une chasse gardée et qu’ils peuvent le pratiquer s’ils ont les aptitudes.
Le221 : En tant que seule équipe 100% sénégalaise, était-ce difficile pour vous d’évoluer ?
AB : Personnellement, je n’ai jamais eu de problème là dessus. J’ai découvert le rugby qui m’a plu à cause de son esprit et des valeurs qu’il développait, c’est-à-dire la combativité, la camaraderie et la sportivité. Au début, on n’était pas bien outillé, on a donc galéré. Mais nous jouions sans complexe. En deux ans, on a pu rattrapé le gap car nous étions dans l’armée qui était un cadre idéal pour faire du sport. Par la suite, cela s’est bien passé jusqu’à ce que cette équipe ait disparu.
Le221 : Aviez-vous gagné des trophées avec votre équipe d’antan ?
AB : Oui, on a effectivement remporté des tournois même si on n’a jamais remporté le championnat du Sénégal. On aurait pu si l’équipe était encore restée longtemps. Malheureusement, pour des contraintes liées à l’armée, la section rugby a été supprimée.
Le221 : Après tant d’années, le rugby revient dans les casernes, qu’est ce que cela vous fait ?
AB : Cela me fait énormément plaisir. Je suis convaincu que, de par ses valeurs, c’est un sport qui peut aider dans la formation aussi physique que mentale. J’ai été militaire, je sais que ça contribue à la formation. J’ai hâte de voir jouer l’armée, la gendarmerie, les sapeurs pompiers et je sais qu’ils vont arriver très rapidement à un niveau très appréciable.
Le221 : Votre équipe a été décisive tout au long de la saison, est-ce qu’on peut dire que la rigueur militaire a surtout pris le dessus ?
AB : (Il rit…) On peut dire qu’il y a eu des acquis grâce à ma formation. Ce ne sont pas des choses qu’on devrait uniquement coller aux militaires. Ce sont juste des principes fondamentaux que sont le travail et le sérieux. Et ça paie à tous les coups…
Texte et photo récente : Alex Gaye.