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14 janvier 2007
L’association « Synergie Contemporaine » a procédé au vernissage de l’exposition « Cents livres objets pour Senghor », à la Maison de la Culture Douta Seck.
Evoquant la notion de livre dans son propos, le doyen Viyé Diba président de ladite Association et directeur artistique du projet disait : « le livre n’est pas distinct du corps mais, intérieur à celui-ci. Il y a plusieurs problématiques autour du livre, c’est ce qui nous pousse à faire place aux objets pour créer une synergie d’ensemble dans une scénographie de danse, de variations d’altitudes… ».
Entre autres exposants, il y avait les doyens Viyé Diba, Moussa Sakho, Moussa Tine…, les jeunes Soly Cissé, Ndoye Dout’s, Pi Niang…, les étrangers Aliaa El Gready( Egypte), Hervé Youmbi (Cameroun), Robert Lobet (France), Sonia Redmayer (South Africa)… et des étudiants de l’ENA dont Assane Sarr et Ahmadou Bamba Tine.
A noter aussi les performances * de l’allemande Sabine Brandt (Chant dans l’obscurité), de Bato Ndemga accompagné de la sénégalo-japonaise Mame Diarra Fall de Maleyka+, et de Serigne Ndiaye qui invite tout le monde à réécrire l’histoire. Il y a lieu de préciser que ces Chefs d’oeuvres sont le fruit du Workshop qui a réuni tous ces artistes à Toubab Dialaw pendant une dizaine de jours. Le fait d’avoir foulé le sol de Joal, Djilor, Ngazobil (terres d’enfance de Senghor), a certainement inspiré le génie créateur de ces artistes, pionniers du vrai dialogue des cultures.
Nous avons commencé par un pèlerinage à Djilor, Joal, Ngazobil, sur les lieux qui renferment les empreintes de l’enfance de Senghor. Puis nous nous sommes installés à Toubab Dialaw, à l’Ecole des Sables où la résidence s’est tenue durant dix jours. C’était très frappant de découvrir toutes les générations d’artistes rassemblées : les doyens comme Ibou Diouf et Viyé Diba qui avaient été au centre du Festival Mondial des Arts Nègres, des artistes comme Ibrahima Kébé, Soly Cissé, jusqu’à trois jeunes étudiants des beaux arts. C’était magnifique.
A mes yeux, Senghor représente un véritable acteur de la vie culturelle sur le continent. Il a enfoui au sol une graine qui n’attend que d’être arrosée pour vraiment germer. En tant qu’auteur des discours qui ont amené la Négritude, il a mené un véritable combat pour faire comprendre à l’autre que l’homme noir était porteur d’autant de valeurs que tous les autres hommes. Son dernier discours, « le rêve d’une Civilisation de l’universel » s’adresse aussi aux africains : arrêtez de vous ériger en victimes, il ne tient qu’à nous de nous assembler pour un monde meilleur. Senghor était un des rares fils du continent qui a toujours su que la culture pouvait être un véritable facteur de développement.
En tant que plasticien, le thème du livre objet était un challenge : quitter sa peau de plasticien pour surfer sur la limite entre arts plastiques et littérature. J’ai réalisé un livre qui est une lettre adressée à Senghor : « 2 LSS » (to L.S. Senghor). Elle ne s’adresse pas à Senghor le défunt, mais à toute personne qui lirait cette lettre, car nous portons tous Senghor en nous. Nous devons tous arroser cette graine pour qu’elle fleurisse. Senghor parlait de civilisation de l’universel, aujourd’hui, on parle de mondialisation, de village planétaire : ce sont des slogans creux. Le rêve de Senghor est encore loin : on utilise ces termes, mais dans la réalité, les Etats-Unis sont en train d’ériger une barrière sur la frontière mexicaine, le G8 se ferme de plus en plus aux pays du Tiers Monde, donc on ne peut pas parler de mondialisation. Mais pour finir avec une lueur d’espoir, le rêve est en nous et nous osons croire que nous le vivrons.
C’est la première fois qu’une manifestation de ce genre a lieu à Dakar : un mélange entre les grands, moyens, jeunes artistes du milieu des arts contemporains, d’âge et de nationalités différentes. A Toubab Dialaw, on passait d’un atelier à l’autre pour discuter, on est restés deux jours à réfléchir avant de s’y mettre. J’ai travaillé sur deux toiles : une toile blanche où j’ai écrit « Couleur noire », et une noire avec « Pensée blanche ». Car qui parle de livre parle d’écriture, qui parle d’objet parle de support et qui parle de Senghor parle de Négritude et de mélange culturel. Noir et blanc, ce ne sont pas des couleurs, ce sont des valeurs. Ce sont comme deux pages d’un livre. L’idée c’est que Senghor, en tant que noir se réclamant de la Négritude, a pourtant fondé toute sa vie, sa pensée en occident. J’ai voulu traduire cette ambivalence.
Youssouf “Chinois” Diatta