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2 septembre 2010
Jour-j moins 3 ! Une ambiance phénoménale s’installe à Diaboudior, (village de Casamance), à l’image des seize autres villages appelés à sacrifier au Bukut , cérémonie d’initiation en pays Diola. Autochtones, fils de la diaspora et invités de tous horizons ont fini de magnifier ces moments de rencontres, de retrouvailles et de célébration de ce grand événement traditionnel. Un 5 majeur a marqué la dernière semaine des préliminaires jusqu’à la date du 31 juillet 2010, le Jour J !
Comme le veut la coutume, l’installation du maître du bois sacré, appelé « Emeumbeulèye », a eu lieu trois jours avant l’entrée des « ambaths », futurs initiés. Aussi impressionnante qu’intrigante, cette cérémonie garde son charme et ses mystères. Porté sur les épaules de deux grands gaillards, l’objet en forme de cercueil couvert d’un pagne rouge oriente et impose le rythme de la marche selon ses humeurs. Les hommes devant, les femmes derrière, chants et danses, synchronisés aux coups de canons artisanaux font le spectacle, jusqu’à la dernière énergie à la gloire du maître, qui finira par s’installer dans le bois sacré.
Dans le périple des préliminaires toujours, les ambaths ont connu l’épouvantable épreuve de la corde suivie de la séance de rasage. Elle a lieu chez les parents maternels les deux derniers jours des préliminaires. Les ambaths sont ligotés et basculés dans tous les sens par des hommes de la cour. Les futurs initiés se livrent tous à cette épreuve de force et de bravoure jusqu’à se libérer. L’exercice est renouvelé à quatre reprises. Il est suivi de la séance de rasage, suite à laquelle les cheveux sont gardés par la famille maternelle pour protéger leurs neveux. Après avoir sacrifié avec succès à ces épreuves, l’ambath a le droit de s’offrir l’animal qui lui plait, dans le bétail. Ce petit pèlerinage est à la fois une sorte d’hommage rendu à la famille maternelle et une démonstration de bravoure.
Il est 17h 30 à Diaboudior. Des groupes rejoignent la place publique en chantant et dansant. C’est l’heure du grand rassemblement des villages environnants, en cet après-midi du 29 juillet 2010. Ici, point de place pour un discours, encore moins de protocole. Chacun s’exprime selon son statut, son talent, ses humeurs, ses pouvoirs, mais dans le respect de l’autre. Ainsi, dans la foulée, démonstrations d’invulnérabilité, tirs de coups de canons artisanaux incessants, chants et danses, sont encore au menu de ces festivités riches en couleurs et en mélodies. C’était l’apothéose, le « big show » !
Tels des compétiteurs à la veille d’une expédition, les ambaths étaient en regroupement dans la nuit du 30 au 31 juillet 2010, sous la case sacrée appelée « Élampanèye ». Une première étape d’isolement. Dès cet instant, plus de contact avec la gent féminine. Tels des guerriers, ils se débarrassent d’une bonne partie de leurs accoutrements et accessoires. L’heure de vérité avait sonné, et ils le savaient. Un avant-goût du bois sacré vécu avec succès. Le lendemain, aux environs de 16 heures, ils pouvaient quitter la case sacrée, en compagnie de la grande masse, toujours et encore en chants et danses pour entamer le dernier périple en direction du Bois sacré.
Après cette symbolique nuit passée à la case sacrée à huit clos, l’engagement était plus que jamais évident. On est le 31 juillet 2010, le Jour-j. L’itinéraire conduit la masse en direction du grand fromager sacré d’abord, où sont effectués trois tours de salutations et de prières. Le groupe se rend ensuite à la mosquée pour y rencontrer les autres quartiers et formuler des prières.
Vint enfin le moment d’emprunter la dernière ligne droite, celle de ce grand jour. L’émotion atteignait son paroxysme, chants et danses qui prenaient des airs d’adieux, provoquaient à la fois, des sentiments de joie et de tristesse. L’intrigue s’installa davantage quand arriva l’heure de la séparation, la ligne rouge.
Bien que généreux et ouvert, le Diola, à un certain moment, demande, voire exige son intimité. C’est la fameuse ligne rouge. Caméras et appareils photo sont interdits, avec beaucoup de fermeté. Les femmes et les étrangers sont sommés de faire demi-tour. Les sœurs et cousines des ambaths arrachent tous leurs colliers traditionnels de leur corps et les jettent en bas d’un tronc d’un arbre sacré avant de replier elles aussi avec des pleurs. Eh oui !!! Les choses sérieuses allaient commencer. Coups de canons montaient d’intensité, cris de guerriers et chants galvanisant faisaient de ces instants un brouillard de mystères et de secrets, dont seuls les initiés, sont dépositaires. C’est ainsi que cette génération se lança à sa quête. Elle avait une semaine pour y arriver…
C’était le moment tant attendu depuis quatre décennies ! L’heure de la démonstration de la fierté d’appartenance à un groupe, une ethnie, un art de vivre, une tradition multiséculaire, celle du Bukut en pays Diola. Le seul événement capable de rassembler en même temps, tous les fils du terroir, autochtones et de la diaspora… Bref ! La grande famille.
Un événement qui fait l’identité du Diola et qui lui permet de se reconnaître et de vivre en symbiose dans une société de plus en plus mondialisée. Bon vent au Bukut !
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Youssouf Chinois / Photos : Jules Diop