Si l’accession du Sénégal à la souveraineté internationale a son monument érigé aux Allées du Centenaire, la « renaissance africaine » a aussi le sien.
De l’œuvre du premier président Léopold Sédar Senghor à celle de Me Abdoulaye Wade, président de la République, force est de constater que l’enseignement à distance, entre « l’élève » et le « maître », ou l’héritage que le « fils » revendique et s’approprie, est loin de laisser indifférent la postérité… C’est le cas de ces deux monuments aux fortunes diverses…
Si nous parlons culture, ces deux grands présidents qui ne partagent pas les mêmes convictions politiques semblent partager la même sensibilité artistique et culturelle, même s’il est évident qu’il serait difficile de les classer dans une même catégorie.
Le premier, en l’occurrence Senghor, reconnu poète de renom et grand homme de culture, a très tôt traduit ses idées de diverses manières, dont ces grands projets et infrastructures culturelles que sont, entre autres, le Fesman, le Théâtre national Daniel Sorano, le défunt Musée dynamique, le monument de l’Indépendance…
Le deuxième, en la personne de Wade, a certainement une âme artistique et une vision intéressante sur l’approche culturelle, mais a du mal à bien revêtir ce manteau car l’homme en met plusieurs, dont la toge d’avocat, la casquette d’économiste, celle de mathématicien, ou même le maillot de footballeur très tenace au poste d’arrière gauche ou droite… Ouf !!! Peu importe, après tout, la polyvalence lui va à merveille …
Mais culturellement parlant, il serait bien en phase de s’adjuger l’héritage de Senghor, avec sa volonté de ressusciter le Fesman malgré les nombreux reports, ces grands chantiers culturels qui sortent de terre, dont le Grand Théâtre national, le Pôle culturel, la Place du Souvenir africain, et pour coller à l’actualité, son monument de la Renaissance africaine…
Actualité oblige, faisons un zoom sur cette histoire de monuments, car c’est là un autre dénominateur commun à ces deux hommes.
Celui de Senghor, inauguré le 4 avril 1963 en présence de plusieurs milliers de Sénégalais, est le monument de l’indépendance, une « stèle dressée au cœur de la Médina qui s’élève vers le ciel, symbolisant la volonté d’un peuple fier et patient, pacifique et noble, que rien ne saurait briser ». Culminant à 52 mètres, le monument de l’Indépendance qui au niveau de sa base, porte le Lion et le Baobab, emblèmes du Sénégal, a très tôt décliné sa volonté imposante de jalonner la vie du peuple et de servir d’aide mémoire. Il est le Symbole d’un constant appel au devoir national.
Cinquante ans après cette indépendance, un devoir qui dépasse les frontières nationales interpelle Wade, l’autre bâtisseur, qui déroule un aspect de son panafricanisme à travers son monument qui sera inauguré le 3 avril 2010. Sans entrer ici dans le débat sur sa pertinence, il est juste question de soulever que le « fils » va sûrement marquer des points de plus dans sa volonté de porter un certain « héritage », surtout après avoir racheté tout dernièrement la maison de Senghor, sise à Fann, que le poète avait appelé « les dents de la mer »… Ô chers bâtisseurs, on a envie de connaître l’appréciation des Sénégalais ou Africains en 2060, c’est-à-dire dans 50 ans encore, car après tout, la vraie valeur des monuments, en dehors du sens qu’on leur donne, de leur l’architecture… se mesure à travers le temps. Alors rendez-vous dans cinquante ans, « Incha Allah » !
Cinquantenairement vôtre !
Monument de la Renaissance Africaine
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