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1er mai 2005
Ceux qui ont abordé l’histoire africaine par l’île de Gorée n’ont certainement pas manqué de se laisser séduire, sur les hauteurs du fort portugais, par quelques-unes des créations de l’artiste plasticien Gaby Kemzo Malou.
C’est ici, dans l’atelier Moustapha Dime, adossé à l’océan Atlantique comme pour marquer une ouverture au monde, que sont nées la plupart des œoeuvres de celui qui, pendant longtemps, est resté sous l’ombre de l’artiste défunt.
Natif de la région naturelle de Casamance, creuset culturel par excellence, Malou est nourri de l’imaginaire du terroir et garde ce lien consubstantiel qui nous relie au passé.
L’œoeuvre de Gaby répond à la double exigence d’une maîtrise technique et d’une bonne connaissance culturelle, et participe de cet effort de reconstruction d’éléments épars qui retrouvent un certain sens dans l’unité et délivrent un message.
Ses matériaux de prédilection : le fer, le bois, auxquels il associe d’autres éléments qui confèrent à son art une dimension esthétique remarquable.
Son travail fait de récupération explore des thèmes variés ; l’artiste navigue aisément entre la vie quotidienne et cérémonielle, comme dans ces œuvres où il aborde le thème de la guerre, ou dans ces pièces commémoratives de cérémonies traditionnelles Mancagnes.
L’offrande, le vieux le prédicateur, la maternité, le professeur… sont quelques-unes de ses œuvres dans lesquelles il joue avec les volumes pour faire ressortir la complexité de l’être humain, mais aussi la vie qui ne cesse de s’exprimer par le truchement du matériau utilisé. Son art est hautement symbolique : il faut en permanence l’interpréter en se référant à la connaissance que l’on peut avoir de la société qui l’a créé. « Ceci fait que, même si je ne suis pas présent, l’œuvre continuera de dialoguer avec le monde. »
Pour le « profane », certaines œuvres peuvent sembler ésotériques. Pourtant, ce ne sont là que des invitations à l’effort de découverte et au dialogue. Les signes et symboles de différentes cultures, sur ces grandes plaques de métal stratifiées, ne sont pas purement ornementaux : ils traduisent une conception philosophique et cachent un message.
« Je réclame toujours ma part d’héritage lorsque je suis au contact d’une autre culture car je crois à l’universalité de l’art, mais dans le rendez-vous du donner et du recevoir, on ne peut pas se permettre de se présenter les mains vides, on s’enrichit toujours dans l’ouverture. »
Comme tout art, celui de Malou est structuré de façon ultime par le regard de l’autre, pour lequel il est aussi fait ; il s’agit bien de la projection de l’imaginaire de l’homme, de son intérieur qui s’expose au regard d’autrui, mais garde sa spécificité propre pour qu’au long de l’histoire, il ne se laisse pas phagocyter ou réduire à autre chose. Il garde toujours cette originalité africaine, même s’il partage un air de famille avec les arts d’autres cultures.
Pour en savoir plus, rendez-vous est pris lors de la grande exposition qui aura lieu à la Galerie nationale d’art du 17 au 27 mai 2005.
Ibrahima Thiombane