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12 novembre 2009
La partie publique de la plage du Virage est l’objet d’un casus belli déclaré entre d’un coté M. Saleh propriétaire du rutilant hôtel le Virage situé sur la plage du même nom, et de l’autre ses voisins de bord de mer : messieurs M Thiaw et Badou Samb qui possèdent des établissements de moindre envergure.
Monsieur Saleh, promoteur mu par un désir d’expansion on ne peut plus compréhensible, a tenté une OPA qualifiée d’hostile sur la plage encore publique jouxtant son hôtel.Messieurs Babacar Thiaw et Badou Samb établis sur la plage depuis plus de trente ans se virent assignés en justice sur plainte dudit M Saleh. Monsieur Saleh détenant un titre foncier était semble t-il dans son plein droit. Mais il se trouve que monsieur Thiaw est également dans le sien de droit. Puisque monsieur Thiaw détient outre le permis d’occuper et le certificat administratif, un plan délivré par le directeur général du cadastre adressé à Babacar Thiaw pour régularisation qui court depuis plus de trente ans.
La famille Thiaw est donc officiellement autorisée à exercer ses activités qui consistent à donner de la vie à la plage en proposant de la location de surfs, chaises et parasols à la restauration à prix modestes en passant par l’organisation de concerts etc. Aidés en cela par la loi 4525 qui stipule que, sur tout le littoral, il n’est permis que des constructions précaires et révocables : les deux familles ont décidé de se battre.
Refusant de fermer leurs commerces et quitter les lieux, messieurs Babacar Thiaw et Badou Samb se sont retrouvés assignés en justice sur plainte du monsieur Saleh.
Le procès déjà reporté trois fois faute de la présence de Mohamed Saleh est encore repoussé au 14 octobre 2009.
Dernière minute
Le procès opposant Monsieur Saleh à messieurs Thiaw et Samb a finalement pu « commencer à avoir lieu » le 11 novembre 2009. Commencer à avoir lieu puisque les avocats représentants les différentes parties étaient bien présents et les débats ont effectivement commencé.
En effet, il semblerait que monsieur Saleh et monsieur Samb aient réussi à convenir d’un accord, ce qui rend caduque leur litige devant la justice. Accord dont la famille Thiaw logée à la même enseigne que la famille Samb quant à ce qui concerne cette affaire, n’était visiblement pas au courant. Dixième report de ce procès qui s’apparente de plus en plus à un marathon de fond judiciaire. Et qui se tiendra sans doute un jour si Dieu, les juges et leurs annexes sont d’accord.
La grande question que tout le monde se pose est : le seront-ils ? Quoi qu’il en soit, quelque soit l’issue de ce procès, nous ne saurions assez déplorer l’érosion de la chose publique au détriment de la chose privée.
Le domaine maritime est soumis à des lois imprescriptibles, c’est en tout cas ce que dit la loi. La loi qui est la même que l’on soit un puissant ou un manant.
La plage du Virage ou du moins sa portion non privatisée est un endroit d’utilité publique. Fréquentée durant toute l’année par les populations environnantes (nantis et moins nantis) ainsi que celles vivant dans des zones plus éloignées, elle est un véritable espace de vie et de ressourcement à la portée de tout un chacun, les exploitants actuels ayant su préserver le statut premier de la plage c’est-à-dire son accessibilité, tout en ayant pris soin de faire quelques aménagements à même d’optimiser le potentiel des lieux (remblaiement, nettoyage, restauration, location de surfs) et le sécuriser ( balises, maîtres nageurs ). Ces travaux ont contribué à faire de la plage du Virage une plage d’affluence et ce, toute l’année.
La question est…
Au-delà du litige autour de la plage du Virage, si la majeure partie des plages publiques devient privée que deviendra la plus grande frange de la population sénégalaise qui ne possède pas les moyens de payer au prix fort le droit à la mer et à toutes les distractions y afférentes ? Droit à la mer dont devraient bénéficier gratuitement tous les ressortissants d’un pays côtier… Car certes il est bon qu’un pays érige des infrastructures à même de recevoir des touristes qui par leur devises contribueront à l’enrichissement dudit pays mais qui du bien-être immédiat des populations locales ?
Les aficionados de la plage du Virage se verront-ils contraints de changer leurs us et coutumes ? Et ces cyclistes que nous aperçûmes le soir et qui, pour rentrer chez eux après le travail empruntent le bord de mer et semblent rouler sur l’eau devront-ils déserter leur poétique chemin de traverse et se dénicher un autre trajet ?
La plage du Virage qui s’apparentait à un pittoresque village au bord de l’eau devra t’elle se voir fermer son accès à la plupart ? Ce serait négliger le fait que la grande poudrière qu’est Dakar a besoin de parcs, plages et autres espaces libres d’accès afin que ses paroissiens passablement excités puissent aller s’y ressourcer et pour beaucoup, déverser leur trop plein de testostérones.
Le béton et les complexes de luxe prennent de plus en plus d’espace ce qui illustre la relative bonne économie du Sénégal. Cependant les populations, elles, se demandent à qui profite le crime de ce que d’aucuns appellent déjà : « le tout béton ».
Micro Plage
Ali Aïdar, président de l’Océanium
Je suis révolté ! Le domaine maritime ne peut pas être vendu à des particuliers. La plage du Virage est un espace de jeu privilégié pour les enfants. Où est- ce qu’ils iront si elle est privatisée !? J’ai appelé le maire de Dakar, il n’a délivré aucune autorisation. Dans le cas du domaine public maritime, deux institutions peuvent délivrer des papiers : la Présidence de la République et le Conseil Régional. Je suis moi-même vice président du Conseil Régional, j’ai appelé le président de la Commission Environnement monsieur Kéita, aucun papier n’a été délivré. La privatisation de la plage du Virage serait une catastrophe écologique.Aucune étude sur l’environnement n’a été effectuée. Nous allons organiser la résistance.
Pantcho, directeur de l’école Surf Attitud :
Je suis totalement contre. Cette plage doit rester publique. C’est une des dernières plages publiques… Elle est fréquentée par de tout le monde.
Moussa Ndiaye Sacré Cœur, étudiant :
Franchement moi-même pendant le Ramadan je me baigne au virage, j’ai appris à nager ici il y a 10 ans, Je viens des Sicap tous les jours de juin à octobre ça me coûte que le transport, se baigner et faire du sport sur la plage il n’y a pas mieux. Alors que ceux qui veulent construire sur cette plage aillent ailleurs, le Sénégal c’est grand.
Fatou Kine Ouakam, mère de famille :
Au début j’avais peur de voir mes enfants partir à la plage même en tant que Lebou la noyade nous fait peur. Depuis qu’il y a des maîtres nageurs et surtout que mes enfants savent nager je suis rassurée. Je dirais même que je préfère les voire à la plage que dans la rue à boire le thé, surtout que c’est plus du thé qu’ils boivent... de toute façon il n’y a plus de lieux saints pour les gosses.
Hicham, Plateau, Body board :
Ça fait 4 ans que je surf, c’est super pour faire le vide dans sa tête, la plage du virage j’y vais au moins deux fois par semaine, on est beaucoup à fréquenter cette plage, la privatiser c’est impensable.
Hervé Mathieu, Lyon, France homme d’affaire :
Ça fait 20 ans que je viens à Dakar pour affaire plusieurs fois par ans, et la plage du virage pour moi est mythique, parfois sablonneuse parfois rocheuse, mais toujours une ou deux paillotes pour boire un verre en regardant la mer. Moi je passe ma vie dans les hôtels alors dès que je peux me relaxer dans un autre cadre. Je trouve dommage tous ces énormes blocs sur tout le littoral Dakarois, c’est complètement mégalo, inadapté… Le Sénégal perd ses valeurs enfin c’est dommage.
José Manuel Ferreira, Barcelone, Tour Operator :
Nous en Espagne nous avons tué la costa brava en trois ans, nous avions les plus belles plages d’Europe il y a encore 15 ans, maintenant nous avons les plus beaux blocs de béton. Au Sénégal ça prend la même tournure, le seul problème c’est que maintenant les touristes ne veulent plus voir de bétons c’est plus à la mode c’est pas ça le développement, en pleine période où tout le monde parle d’environnement vous vous bétonnez.
Mama Sène, Parcelles Assainies, élève :
La plage est mon passe-temps favori pendant les vacances et depuis plusieurs années, ma destination préférée c’est le virage. Mes amies et moi, nous avons toujours été bercées par les douces vagues et le beau sable de cette plage depuis notre tendre adolescence jusqu’à ce jour. Please, si vous n’avez pas une pierre à la place du cœur, alors laissez nous notre plage !