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22 octobre 2008
A l’heure où tout le monde parle de Goana, de l’affaire Farba Senghor, de Macky Sall, de potins de stars ou autres scandales qui débouchent sur pas grand chose, d’autres sujets encore plus cruciaux méritent d’être soulevés. Le problème du tourisme par exemple… Eh bien oui le tourisme… Il a un problème et pas n’importe lequel notre cher tourisme… Il est malade et suscite beaucoup d’inquiétudes pour certains. Et si on en parlait un peu ?
Le Top reza 2008, le salon touristique professionnel qui ouvre la saison touristique s’est tenu cette année à Paris les 17,18 et 19 septembre derniers. C’était l’occasion pour les 1 350 exposants de promouvoir leurs destinations face aux 26 000 visiteurs professionnels venus de France et d’Europe, c’est aussi l’occasion pour les voyagistes sénégalais présents dans le stand Sénégal de se rencontrer et de faire le point sur la saison passée et de chercher des solutions pour valoriser la toute première économie du Sénégal.
Contrairement à ce que les gens peuvent croire, le tourisme au pays de la Téranga va mal selon certains hôteliers qui souffrent d’un grand manque de communication mais encore de la crise économique mondiale. Pis, loin d’être satisfaits, nos hôteliers présagent une mort certaine de ce tourisme en raison d’un manque apparent de vols et de promotion.
Mauvaise passe pour le tourisme… Au Sénégal « Quand tout va au ralenti… »
Selon Laurence, responsable de la réservation des Hibiscus au Cap Skirring, « il y a un problème de vols. Non seulement le prix du billet est excessivement cher mais il n’est pas acceptable que, pour un pays comme le Sénégal, il n’y ait qu’une seule compagnie aérienne pour s’occuper de la desserte de la Casamance… ».
Alors que tout laisse à croire que le tourisme est un secteur d’activité rentable au Sénégal qui semble être l’une des destinations favorites de l’Afrique de l’Ouest, le taux de touristes est de plus en plus bas. Le Sénégal est un beau pays certes, regorgeant de beaux sites, on en disconvient pas, mais dont le tourisme jadis florissant commence à perdre de l’éclat. Non seulement les billets sont jugés trop chers, les places aussi sont limitées d’où l’incapacité de pouvoir satisfaire la demande des clients désireux d’aller au delà de Saly.
Est-ce dû à un manque de communication ? Est-ce la faute du gouvernement ou du ministère du tourisme ?
Toujours est-il, de l’avis de certains hôteliers de la place que le problème se situe au niveau de la crise économique et de la cherté de la vie, phénomènes qui poussent donc les touristes européens à revoir leurs destinations.
Selon beaucoup, non seulement la vie est chère mais les autorités ne font rien pour aider. Déjà les moyens de communications ne suffisent pas mais le ciblage devrait être revu et élargi au maximum car principalement orienté vers l’Europe au détriment des pays anglophones.
Alors que la qualité des structures d’accueil, des prestations et de l’offre a augmenté ces dernières années, les touristes se sont répartis, tous les frais ont augmenté, côté promotion pas grand-chose a été fait, et comme dirait un hôtelier dakarois « si on attend de gagner une coupe du monde pour attirer les projecteurs, c’est mal barré ».
Le tourisme présente à l’heure actuelle un avenir inquiétant et incertain dont la solution reste entre les mains des autorités qui semble-t-il ont l’air de vouloir aider sans y parvenir.
Et malheureusement le pays compte énormément sur ce secteur pour relever les revenus en devises étrangères, l’emploi et la collecte des impôts, le développement régional, stimuler la croissance et réduire la pauvreté et le taux de chômage ...
Pour régler le problème, le ministère du tourisme penche plutôt sur la création d’école de tourisme afin de professionnaliser les acteurs de ce secteur améliorant ainsi la qualité du service. Suivant les propos de Mme Aminata Lô Dieng ministre des Sénégalais de l’extérieur, du tourisme et de l’artisanat : « la qualité du service est déterminante, il faut l’adapter aux normes internationales. Nous allons nous y atteler avec la création d’écoles de formation de niveau international en nous appuyant sur le développement du partenariat public-privé ». Elle préconise aussi la mise en place d’un nouvel aéroport d’ici 2011 afin d’élargir le trafic aérien et de mettre les touristes dans de meilleures conditions.
« La destination Sénégal n’attire plus les touristes… »
Selon la PANA avec 992 000 visiteurs en 2006 - 2007, le Sénégal n’en a enregistré que 800 000 cette année avec un taux moyen d’occupation de 34% et 300 milliards de recettes brutes, selon les chiffres publiés sur place.
À l’origine de cette baisse de la destination Sénégal, plusieurs facteurs ont été annoncés par les professionnels. Il s’agit entre autres, du manque de visibilité, de l’absence de promotion intérieure et extérieure, les forts taux de fiscalité liés à la Taxe sur la Valeur Ajoutée (TVA) qui ne permettent pas au Sénégal d’être compétitif par rapport à des destinations plus à la mode comme Cuba, Thaïlande ou d’autres pays africains. Il s’y ajoute, les problèmes de financements, l’accès au crédit n’est pas facile, l’érosion côtière entraînant la disparition des plages, la pollution des eaux, le comportement de la plupart des petits vendeurs qui par manque de sensibilisation font fuir les quelques Toubab qui s’aventurent en dehors de leur hôtel, l’état de délabrement des routes dans l’est du pays, l’augmentation du coût de l’énergie…
A cela s’ajoute l’insalubrité, impossible de faire un pas sans tomber sur un tas d’immondices ou de flaques d’eaux visqueuses causées par les pluies, un décor pas trop flatteur qui ne cadre nullement avec les photos des cartes postales ou des revues.
L’heure est grave !
Comme si cela ne suffisait pas, la compagnie Air Sénégal va mettre fin à compter du 1er octobre à sa desserte Saint Louis - Paris. Cette décision prise dernièrement par la compagnie aérienne pour des raisons de sécurité se justifie par la dimension de la piste d’atterrissage de la région de Saint Louis. Cela ne va pas sans inconvénient car contribuant lourdement à l’isolement et l’obligation de passer nécessairement par la route pour atteindre la région. Ce changement n’est pas pour plaire aux professionnels du tourisme qui ont déjà du mal à gérer la crise et s’inquiètent beaucoup sur le cours et le développement de leurs activités.
Avant Air Sénégal International, Star Airlines avait tenté d’assurer cette desserte et pendant huit ans, les avions de ces compagnies se posaient sur la piste de l’Aéroport Dakar Bango sans qu’aucun problème ne fût signalé.
Une situation peu commode qui rendra les touristes on ne peut plus rares à Saint-Louis, mais quasiment pas étonnant pour M. Pierre Ndiaye gérant du « Gîte des Grands Hommes » qui soutient avoir l’habitude d’aller lui-même chercher ses clients à l’aéroport de Dakar avec ses propres moyens de locomotion…
Mais selon les autorités, cet état des choses est précaire car ils œuvrent pour la réouverture prochaine de l’aéroport après sa réfection mais pour le moment, aucune date n’est fixée concernant la fin des travaux.
Bref rappel…
Fortement promu par les autorités sénégalaises, le tourisme a connu un essor considérable au cours des années 1970 et est devenu l’une des premières sources de devises pour le pays. Déjà en 2000, les revenus du tourisme étaient en seconde place au Sénégal après le secteur de la pêche et avant celui des arachides et des phosphates. Le tourisme avait dès lors entraîné la création directe de 12 000 emplois, et 18 000 indirectement, et a contribué à 2,5% du PNB. Contrairement à d’autres destinations africaines, Saly a également attiré un marché local résidentiel et touristique. L’histoire récente montre que le secteur est en croissance mais qu’il perd des parts du marché international et régional en expansion constante. Entre 1975 et 1997, le Sénégal est passé de la 7ème place à la 16ème dans le classement de l’Organisation Mondiale du Tourisme pour les vingt premières destinations africaines.
Le taux annuel de croissance en nombre de visiteurs était de 6,7 % de 1996 à 2000 et de seulement 4, 7 % entre 1990 et 2000. En comparaison, l’OMT estime que, pendant les quinze dernières années, le nombre de touristes internationaux au niveau mondial a plus que doublé pour atteindre 698 millions, et ceux de l’Afrique sont passés de 9,7 à 26,9 millions, donnant un taux moyen de croissance annuelle de 7 %. En 2001, l’accès aérien pour le Sénégal a été affecté non seulement par les évènements du 11 septembre, mais aussi par l’annulation des opérations d’Air Afrique, Sabena et Swissair. L’accès aérien pour l’Europe et Paris est maintenu par des vols quotidiens d’Air France et des vols réguliers d’Air Sénégal International par les nouvelles compagnies aériennes suisses et belges, ainsi qu’un plus grand recours aux vols charters.
En association avec d’autres participants, le gouvernement a adopté une cible de 1,5 millions de touristes en 2010. Ces objectifs nécessitent l’addition de 20 000 lits sur l’ensemble du pays plus que le double de la capacité en 2000. Pour atteindre ces objectifs ambitieux, le Sénégal cherche à stimuler la demande et attirer des investissements significatifs. Il renforce le dialogue entre les secteurs public et privé et les acteurs locaux, et en parvenant à un consensus au sein du gouvernement sur les avantages d’un secteur touristique élargi. Un cadre politique solide pour le tourisme aura également des implications positives sur l’environnement des affaires.
Suivant le processus d’action de beaucoup de grandes villes du globe, les professionnels du tourisme de Dakar ont mis en place depuis un an, le Syndicat d’Initiative et de Tourisme de la ville de Dakar, avec à sa tête Mamadou Racine Sy nommé président du Syndicat Patronal de l’industrie hôtelière du Sénégal (Spihs). Ce syndicat qui regroupe les artisans, les hôteliers, les restaurateurs entre autres a pour priorité d’œuvrer pour le renforcement des relations entre l’Etat et les professionnels du secteur afin qu’ils entretiennent des discussions permanentes et franches dans le cadre d’un partenariat gagnant. Cela pour parer à toute éventualité…
Déjà, tel le Joola, le tourisme au pays de la téranga, se noie sous le regard impuissant des hôteliers qui se sont toujours investis à fond pour le sauver d’un naufrage imminent et évident.
Missmaft