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Les tasses rouges de madame Diatta

A l’occasion d’une visite dans le quartier de Tilène, à Ziguinchor, je fus surpris de découvrir en pleine rue une impressionnante flambée surveillée et alimentée avec science par une dame âgée très alerte.

Partagez cette page Publié le 8 février 2008 | 0 commentaire

Madame Diatta était en train de cuire ses dernières poteries, une centaine de tasses en argile commandées par l’un des hôtels les plus chics de Ziguinchor, le Kadiandoumagne.Comme je semblais fasciné par son adresse à répartir à l’aide d’un bâton les braises et à déplacer les pièces d’argile, elle m’invita à la suivre chez elle pour me révéler les secrets de leur fabrication.

Seulement voilà : une telle argile, même après un long dessalage, reste très fragile et il y convient de lui associer un composant qui variera suivant la nature des pièces.

Pour des poteries de petite taille – des tasses ou des coquetiers, par exemple –, elle fait cuire de petits coquillages qu’elle concassera avant de les mêler à la terre brute. C’est sans doute leur composition calcaire qui contribue, comme pour le ciment, à assurer une bonne homogénéité de la pâte et à en améliorer la tenue à la cuisson. Pour les pièces de plus grande taille – vases, chaudrons, pieds de lampe… –, elle recycle d’anciennes poteries déjà cuites qu’elle pile soigneusement et mélange au bloc de terre brute. Cette technique consistant à réutiliser une pièce terminée rappellera sans doute à certains la méthode employée pour la fabrication artisanale de yaourts… Pour favoriser le mélange des composants, la terre ainsi préparée sera longuement malaxée, d’abord au pied puis à la main.

Le modelage proprement dit peut alors commencer. Chacune des pièces est travaillée à la main, sans recours à un tour de potier, ce qui demande un sérieux entraînement et une bonne dextérité, puis décorée de motifs creusés avec divers petits outils. Ensuite, les pièces sont exposées au soleil pendant deux jours pour un séchage parfait.

Donc ça y est maintenant, on peut cuire ? Pas encore ! Car la terre qu’utilise madame Diatta, rappelez-vous, est de couleur anthracite. A Ziguinchor, on a le goût des poteries rouge brique. Elle va donc passer un chiffon imbibé d’une barbotine de terre rouge très diluée à la surface de chacune de ses poteries… et refaire sécher une journée entière.

Pour la cuisson, elle prend soin de déposer à même le sol un solide grillage de sommier, sur lequel seront placées délicatement les poteries. Puis elle recouvre le tout de branchages et de palmes séchées. Elle y met le feu, et il lui faudra régulièrement remuer les braises et déplacer les pièces d’argile. Les poteries seront cuites lorsqu’elles seront uniformément rouges, sans ces traces noires qui signalent une combustion inachevée.

Et voilà ! Désormais, vous savez à peu près tout sur la fabrication de ces précieuses poteries, et si vous passez à Ziguinchor, ne manquez pas de rendre visite à madame Diatta pour découvrir ses toutes dernières créations. Pour ma part, lors de mon passage, je lui ai acheté cinq tasses, qui suscitent la convoitise insistante de mes amis parisiens.

Il va peut-être bien falloir que je déménage. Sans laisser d’adresse…

Simon Kohn

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