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30 mars 2008
Manel Diallo est une femme au tempérament de feu et verbe acéré. Elle promène sur le monde son regard de femme artiste, immortalisant moments et mouvements, fixant en un clic l’éphémère et le fugace, décelant et révélant le rare, là où le néophyte ne voit que routine et banalité.
Interview avec une jeune femme dotée du troisième oeil, capable de marier l’art à l’urgence...
Le 221 : Manel, vous portez un nom peu commun, d’ou vous vient-il ?
Manel Diallo : De ma grand-mère paternelle.
Que représente la photo pour vous ?
La photo est le mode artistique que j’ai choisi, j’ai toujours fait des photos, mon père lui même en faisait beaucoup. Toutes les fêtes : Tabaski, Korité, Noël, etc sont marquées par des photos. La photo est présente dans la vie de tout le monde, elle est la mémoire.
Vous êtes photographe et modèle.
Oui, il m’arrive de poser pour des amis photographes, j’aime me mettre en scène.
Lequel du monde animal, végétal ou humain préférez-vous mette en boite ?
Je n’ai pas de barrière : j’aborde tous les thèmes. J’adore les animaux, les paysages, le train-train quotidien, les marchés, etc. Je peux tomber sur une scène qui mérite d’être partagée : je la mets en boite. J’aimerais pouvoir aller dans les pays en conflit, où il y a des famines, pour faire partager par la photo la détresse des gens.
Selon vous, la réalité photographique est-elle la réalité réelle ?
Elle est la réalité réelle, sous un angle donné à un moment donné, et appréhendée selon une certaine sensibilité. Je fais souvent des photos que je ne légende pas, parce que je veux donner au spectateur la liberté de créer selon son regard, sa propre photo.
Manel se livre ou se délivre par ses photos ?
Les deux à la fois, mes photos me racontent et racontent mon désir de briser les tabous et hypocrisies qui rongent nos sociétés.
Trouvez vous que la photo comme art est pleinement représentée au Sénégal ?
Non ! Les gens pensent trop souvent qu’il suffit d’appuyer sur un bouton pour faire une bonne photo mais la photographie est un art bien plus complexe. Les multinationales payent des millions pour recruter des photographes étrangers et n’ont aune considération pour les photographes sénégalais ; il y a des photographes au Sénégal !
Un monde sans photo ?
Définitivement non ! Depuis le boom du numérique, les gens demandent à faire restaurer leurs vieilles photos en argentique... Sans la photo, les souvenirs sont appelés à disparaître. Il faudrait aussi faire la différence entre photo et photo, même au niveau de la presse.
Pour finir, que vous souhaitez-vous ?
Une longue vie tout d’abord et que Dieu m’aide à aller au bout de mes projets qui sont entre autres de rehausser le niveau de la photographie afin qu’elle soit reconnue comme oeuvre d’art au même titre que la peinture et la sculpture. Que la photo soit enfin reconnue au Sénégal, qu’on lui donne sa vraie place ! La photo est plus qu’une simple image : elle est un témoignage d’amour de la vie...
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Irène Idriss