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Vernissage de l’exposition internationaleBiennale 2008

9 mai 2008

Des oeuvres qui questionnent l’Afrique sur elle-même

Des corps de femmes enceintes, sans tête ni bras, taillées en douilles, cuillères et fourchettes se tiennent debout sur un sol jonché de métal, détritus, de crânes de singes défoncés, forgés dans du fer… « Elles viennent de loin », l’installation du plasticien congolais, Freddy Tsimba, rappelle avec force la misère et le dénuement engendrés par la guerre qui a meurtri ce vaste pays de l’Afrique centrale deux fois plus grand que le Sénégal. Mais, elle cristallise surtout les regards au rez-de-chaussée du Musée Théodore qui abrite depuis vendredi, l’exposition internationale de cette 8ème biennale de l’art africain contemporain.

D’abord pour sa force thématique, la guerre et ses méfaits un sujet plus d’actualité dans en Afrique. Ensuite, par sa démarche esthétique, faite d’audace et d’ingéniosité. A deux pas, une vaste toile orne un pan mural de l’édifice. Elle appelle, à travers un dialogue intimiste entre coupures de presse et des cadenas ornés de clefs, vivement à un « grand débat » franc et sincère, selon son auteur Babacar Niang, sur l’épineuse question de l’immigration clandestine.

« Il y a beaucoup de bruits autour de sujet mais pas encore un vrai débat », martèle l’artiste. Les extraits d’articles de presse sont, pour lui, une invitation claire aux médiats à parler sans tabou ni censure de l’immigration clandestine. Et leur choix n’est pas si fortuit que ça car ces articles titillent les consciences sur l’incertitude de la vie en Europe, faite d’aléas, et parfois de surprises désagréables.

Toutefois, il reste convaincu que les solutions, qu’il symbolise par les clefs, existent. Mais, prévient Babacar Niang, « tant que les frontières seront fermées, il y aura toujours des candidats à l’aventure ». Mieux, il ambitionne avec ses clefs de briser justement ces frontières là qu’il estime virtuelles et non naturelles. Au-delà de cette volonté, Babacar Niang s’interroge s’il faut vraiment partir…

Au premier étage, le vaste hall d’exposition est lui tout aussi garni d’oeuvres aux écritures picturales variées : peinture, scuplture, vidéo, installation… Trois êtres, tétanisés par la souffrance, crient les douleurs en rivant les yeux vers le ciel, comme pour implorer le secours du tout puissant. Cette création de Jems Kokobi traduit, avec émotion, l’horreur du Darfour. « Quand on souffre on pense à Dieu. Au Darfour, il n’est plus visible parce que caché par la fumée de la guerre », professe le sculpteur ivoirien, basé à Essen en Allemagne.

Non loin de là, une jeune photographe camerounaise, Angèle Etoundi Essamba invite, via cinq photographies de femmes du Zanzibar, a jeter un nouveau regard sur le voile, à voir ce tissu comme « un objet mystique et mystérieux » et non comme un « symbole d’enfermement », quand N’Dary Lo appelle, à travers son installation « la muraille verte », à l’édification de l’arbre, donc de la verdure. « Là où c’est vert il y a la paix », clame le co-lauréat du Grand Prix Léopold Sédar Senghor du Dak’Art 2008.

Au total, une vingtaine de plasticiens met en lumière au Musée Théodore Monod d’art africain, des oeuvres qui invitent l’Afrique à une introspection sur ellemême, histoire d’exorciser ses démons et vaincre ses préjugés pour scruter l’avenir avec plus d’espoir et de détermination. Et peut-être, comme l’a si bien souhaité le président Wade, « donner une tournure positive à l’afro-pessimisme ».

Yacouba Sangaré, www.dakart.org

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