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Aïssata Seck : une victoire pour les tirailleurs sénégalais

L’initiatrice de la pétition sur la naturalisation française des tirailleurs sénégalais est une femme de cœur : Aissata Seck, 36 ans, maire adjointe de la ville de Bondy (France) est aussi depuis peu porte-parole de Benoît Hamon, candidat à l’élection présidentielle française. Elle nous raconte sa bataille pour ceux qui ont combattu pour la France.

Partagez cette page Publié le 13 février 2017 | 6 commentaires

Interview avec une femme pour qui « le combat se gagne non pas par la violence mais par le savoir et la détermination ». Et qui, de cette profession de foi, se révèle éclatant exemple.

Comment vous définiriez vous en un mot ?
Persévérante.

On vous doit la pétition relative aux tirailleurs dits sénégalais et demandant leur naturalisation. Pourquoi cette démarche ?

Tout simplement parce que j’en avais marre de voir ces messieurs essuyer refus sur refus dans leurs démarches administratives d’accès à la nationalité française. Ils ont combattu pour la France, ont perdu leurs frères de sang, se sont démenés pour que vous et moi puissions aujourd’hui avoir cet échange. Et au moment de la demande de naturalisation, on leur répond tout simplement qu’ils ne remplissent pas les conditions pour devenir Français ? Leur a-t-on demandé de remplir ces conditions lorsqu’on les a envoyés au combat ? Pour toutes ces raisons injustes, je me suis dit qu’il fallait agir et alerter l’opinion publique. C’est de là qu’est venue l’idée de lancer cette pétition.

Aïssata Seck entourée de tirailleurs sénégalais

Avez-vous un lien personnel avec un Tirailleur ?

Je suis petite fille d’un tirailleur sénégalais qui n’est plus de ce monde. Mais au-delà de ça, je suis depuis plusieurs années une trentaine de tirailleurs qui vivent sur la ville de Bondy, notamment dans leurs démarches administratives et pour le devoir de mémoire. Je suis très attachée à eux. Je les considère comme mes papas de cœur. J’ai un profond respect pour eux.

Le monde va mal et les urgences meurtrières se succèdent. Dans un tel climat, lancer une telle pétition n’était-elle pas geste risqué ? Risque de passer inaperçue, s’entend ?

Si l’on entreprend une chose en se disant dès le départ que cela ne marchera pas, on ne fait plus rien. J’avais l’intime conviction que mon combat serait entendu. Le choix de la date n’a pas été choisi au hasard. J’ai décidé de lancer cette pétition le 10 novembre, veille des commémorations officielles du 11 novembre.

L’avez-vous lancée comme une bouteille à la mer ou vous attendiez vous à l’ampleur enregistrée ?

Non, je ne m’attendais pas à une telle ampleur c’est vrai ! J’ai été la première surprise, je ne vous le cache pas. Mais j’étais prête à me battre pour que la cause soit entendue de tous.

Combien de temps après la pétition un représentant de l’état français vous a t’il signifié que le cas des Tirailleurs avait reçu une fin allant dans le sens de vos vœux ?

Mon premier contact a eu lieu 10 jours après, de la part du ministère des Anciens Combattants. Mi-décembre, j’ai été reçue au ministère de l’Intérieur qui m’a fait part de la volonté de l’État de régulariser la situation des tirailleurs sénégalais. J’ai ensuite reçu un courrier de la part du président de la république François Hollande, qui m’a confirmé cela. Cela m’a donné beaucoup d’émotion.

Lettre de François Hollande

D’ailleurs, êtes vous entièrement satisfaite du résultat ou des bémols persistent-ils ?

Je ne suis pas entièrement satisfaite car j’aurais préféré que cela arrive plus tôt. En effet, ces messieurs sont âgés et ils ne pourront malheureusement pas jouir longtemps de cette naturalisation. Mais je me dis, mieux vaut tard que jamais. Mon deuxième regret est pour ceux qui ne sont plus de ce monde et qui avaient entamé ces démarches. Et, il n’y a pas de naturalisation à titre posthume.

Concrètement, à quoi ont désormais droit les tirailleurs sénégalais ?

Concrètement, ils vont devenir Français et pourront faire les allers et retours qu’ils souhaitent entre la France et leur pays d’origine. D’autre part, c’est une reconnaissance qu’ils attendaient pour les différents combats qu’ils ont menés pour la France. Ils sont attachés à la France comme à leur pays d’origine. Comme le dit souvent l’un d’eux que je connais : « Le Sénégal c’est mon père et la France c’est ma mère ».

Maintenant, quelle démarche doivent suivre les Tirailleurs désireux de voir leur statut revu ?

Je travaille en étroite collaboration avec le ministère de l’Intérieur pour faciliter les procédures. Nous travaillons à un recensement des tirailleurs qui recevront ensuite une note explicative. Pour ceux qui ont déjà un numéro de demande, ils seront convoqués rapidement dans les différentes préfectures de leur domicile pour terminer les démarches et être naturalisés. Pour les autres, la démarche sera un peu plus longue mais beaucoup plus simple et plus rapide que ce qu’ils auraient dû confronter.

De quelle origine êtes-vous ?
Je suis d’origine sénégalaise.

Depuis combien de temps vivez-vous dans l’hexagone ?
Je suis née en France.

Racisme et repli identitaire montent en puissance en Occident, Usa etc. Les avez-vous subis au quotidien ?

Je pense que lorsque l’on est issu de l’immigration, on est forcément confronté au racisme ou à la stigmatisation directement ou indirectement. On se sent concerné et parfois impuissant. Lorsque l’on cherche du travail, lorsque l’on est engagé dans certaines causes etc… Le tout est de ne pas lâcher et de dénoncer. Mais oui j’ai déjà été confrontée à cela.

Le métier que vous exercez à l’heure actuelle ?

Je suis maire adjointe de la ville de Bondy, en charge des anciens combattants et d’un conseil de quartier. Je suis en parallèle responsable promotion et diffusion pour le magazine Alternatives économiques.

Votre expérience personnelle de la France ?

La France est mon pays. J’y suis née et je m’y plais. Je n’ai jamais ressenti l’envie de partir. Cependant, je trouve que les gens sont de plus en plus renfermés, méfiants et ce qui m’inquiète c’est la banalisation du racisme, le repli identitaire et la stigmatisation qui s’accroissent. Les discriminations se creusent davantage.

Que diriez-vous aux personnes pensant que les combats ne se gagnent que par la violence ?

Je dirais que le combat se gagne non pas par la violence mais par le savoir et la détermination. La violence n’a jamais rien résolu.

Plutôt Martin Luther King ou Malcolm X ?

Martin Luther king.

Que les Tirailleurs Sénégalais accèdent à la nationalité française est une excellente initiative. Cependant, au delà de cette victoire, que cette nationalité représente un tel sésame ne révèle t’il pas en creux un cuisant échec des pays Africains quant au fait de prendre soin de ces héros et par delà ceux -ci, des Africains tout court ? Les pays africains ne pouvaient-ils réparer l’injustice faite aux leurs en dotant ces hommes d’une pension digne de leur courage ; en attendant que l’État français ne se réveille ?

Ce que je regrette surtout, c’est que les pays africains n’aient pas usé de leur pouvoir pour imposer à l’État français cette naturalisation. Ils avaient les moyens de le faire, mais rien n’a été fait. Pourtant, ils connaissaient la situation. De plus, il est vrai que pour ceux qui ont fait le choix de rester vivre dans leur pays d’origine, les pensions sont très faibles et c’est là que le bât blesse.. Ils ne sont pas reconnus à leur juste valeur…

Que souhaitez-vous aux Tirailleurs pour 2017 ?

Qu’ils puissent vivre une fin de vie digne et heureuse, auprès des leurs.

Quels souhaits pour l’Afrique, pour la France, pour vous ?

Je souhaite une Afrique plus solidaire et moins de racisme et de discrimination en France. Ça va peut-être faire bisounours, mais je souhaite que le monde puisse vivre en paix...

Irène Idrisse.

Messages

  • sn

    Bravo ! Aissata ! Votre combat honore les anciens combattants et votre origine Senegalaise ! Que ces deux pays France/Senegal finissent de regler ce probleme honteux ! De Part le prix du sang verse ! La France doit honorer ces anciens.. Et permettra de tourner la page definitivement du camp de Thyaroi !! Ou les znciens furent massacrer pour avoir reclamer leurs soldes !

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  • sn

    Bonjour Mme Seck pour le travail mes je voudrai savoir pour le reste des tirailleurs ayant demandé la naturalisation il leur faut comme bien de temps pour l’avoir quelle sera le sort de leurs enfants.

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  • sn

    Cette Franco-sénégalaise est à féliciter, à féliciter vivement. Les tirailleurs sénégalais qui le souhaitent devraient accéder sans difficulté à la nationalité française. Ils ont tout donné à la France. Imaginez un jeune Sénégalais, un jeune Africain qui n’a jamais quitté son village, qui n’a jamais été à l’école française, n’a jamais rencontré de sa vie un seul Français, un seul Blanc. Ce jeune Sénégalais, ce jeune Africain vivant avec bonheur dans son royaume d’enfance, dans les champs, derrière les troupeaux ou courant derrière les gibiers à l’époque abondants, imaginez, qu’un ’’beau’’ matin, le représentant du chef de canton, accompagné d’un gendarme ou d’un garde-cercle vienne le chercher ! Après une brève visite médicale, il est incorporé dans l’armée coloniale française et embarqué vers une destination inconnue (pour lui naturellement). Il laisse tout derrière lui, vraiment tout : ses parents, ses amis, son royaume d’enfance. Il quitte son village où les températures descendent rarement, très rarement en dessous de 20 et est débarqué, quelques jours après, dans un autre monde, un autre environnement, un bien autre climat, avec des températures parfois négatives, très négatives. Souvent sans préparation, il est jeté dans la bataille contre un ennemi qu’il ne connaît pas, pour une cause qui lui est tout à fait étrangère. Pendant trois ou quatre ans, coupé de tout ce qui peut lui rappeler les siens, il vit dans des conditions presque inhumaines, traité parfois par ceux pour qui il se bat comme un animal ou presque. Pendant tout ce temps, il donne le meilleur de lui-même, perd parfois un bras, parfois une jambe, parfois un œil. La guerre terminée, il est renvoyé comme un malpropre chez lui et, dans le meilleur des cas, bénéficie d’une maigre pension sans commune mesure avec celle dont bénéficient ses ’’camarades’’ métropolitains. Ceux d’entre eux qui, pour une raison ou pour une autre, choisissent de rester en France ou reviennent plus tard pour s’y installer, sont traités comme des étrangers dans ce pays qui leur a pourtant tout pris. C’est contre une manifestation de cette injustice flagrante que la brave Mme Aïssatou Seck a choisi de lutter. DIEU merci, son combat est couronné de succès. Je la félicite vivement et lui souhaite de connaître des succès encore plus éclatants dans son noble combat.

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  • fr

    J’ai publié aux éditions L’Harmattan, 2 livres concernant les Tirailleurs Sénégalais : « Les preux chevaliers noirs », et « La bataille de Libreville ». J’aimerais rencontrer Mme Aïssata SECK pour la contribution de ces ouvrages à son héroîque engagement.

    • fr

      Monsieur
      Vous pouvez contacter Mme Aissata Seck voir sa page sur Facebook ou appeler la Mairie de Bondy ou elle est Maire adjointe 0148505444
      Amicalement
      Mr Camara

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    J’ai publié aux Editions L’Harmattan 2 ouvrages interessant les Tirailleurs Sénégalais : « Les preux chevaliers noirs », et « La bataille de Libreville ». J’aimerais contacter Mme Aïssata SECK pour ce qui concerne la contribution de ces livres à son héroïque engagement.

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