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Le fondateur de Présence africaine

Alioune Diop, éditeur de conscience

Les bases politiques et idéologiques des Indépendances africaines ont été diffusées en grandes partie à partir des années 50 grâce à Alioune Diop, fondateur de la revue et édition Présence africaine, qui a pris le risque de diffuser des idées révolutionnaires pour l’époque. Retour sur le parcours d’un précurseur engagé, qui, bien qu’ayant vécu en France la plus grande partie de sa vie, était un fervent défenseur de l’Afrique.

Partagez cette page Publié le 5 octobre 2016 | 0 commentaire

Fils de postier musulman, Alioune Diop, né à Saint Louis du Sénégal, le 2 janvier 1910, reçoit l’enseignement coranique pendant sa petite enfance, avant ses études primaires à Dagana. Après avoir obtenu son baccalauréat classique (latin et grecque ancien), au Lycée Faidherbe de Saint Louis, en 1931, il effectue son service militaire à Thiès.

N’ayant pas obtenu de bourse pour aller en France, il entame des études de lettre classique à Alger, en 1933. Alioune Diop y travaille comme maître d’internat parallèlement à ses études, et y rencontre Albert Camus, étudiant en philosophie, avec lequel il va nouer une amitié solide.

Un homme de rencontres

« Alioune Diop tient des propos de rebelle dans une langue parfaite, il brûle d’une passion explosive sous les allures d’un jeune homme bien élevé et pondéré. »
Philippe Verdin, in Alioune Diop, le Socrate noir, biographie, éditions Lethielleux

Poursuivant ses études à l’université de la Sorbonne à Paris à partir de 1937, Alioune Diop fait la connaissance d’Aimé Césaire et de Léopold Sédar Senghor. Le quartier latin est baigné de jazz et de surréalisme, les étudiants débattent avec passion de marxisme, de panafricanisme, d’indépendances africaines. Alioune Diop n’hésite pas à prendre la parole.

La Seconde Guerre mondiale éclate en 1939. Alioune Diop et ses compagnons sont mobilisés. Il est démobilisé à l’Armistice en 1940, alors que le gouvernement de Vichy, collaborant avec les forces nazis allemandes, s’installe au pouvoir. Alioune Diop reprend ses études à la Sorbonne, fréquente notamment Jean-Paul Sartre, Michel Leiris…


« Incapables de revenir entièrement à nos traditions d’origine ou de nous assimiler à l’Europe, nous avions le sentiment de constituer une race nouvelle, mentalement métissée [...]. Des déracinés ? Nous en étions, dans la mesure précisément où nous n’avions pas encore pensé notre position dans le monde et nous abandonnions entre deux sociétés, sans signification reconnue dans l’une ou dans l’autre, étrangers à l’une comme à l’autre. ».
Alioune Diop

Titulaire d’une licence en Lettres classiques et d’un diplôme de l’enseignement supérieur, Alioune Diop devient fonctionnaire de l’Afrique occidentale française et professeur de lettres dans plusieurs villes de France à partir de 1943, année à laquelle il rencontre Christiane Yandé Diop, sœur du poète sénégalais David Diop. Quand Alioune Diop, lecteur passionné de Kierkegaard et de l’évangile de Saint-Mathieu, qu’il lit en grec ancien, rencontre le Père Maydieu, résistant, arrêté et torturé par les occupants allemands, il décide de se baptiser catholique, à Noël 1944, sous le nom de Jean.

En 1945, alors que la Seconde Guerre mondiale s’achève, et que le monde découvre les horreurs du nazisme, Alioune Diop épouse Christiane Yandé Diop. Ils auront cinq enfants. Alioune Diop est professeur de français au Lycée Louis-le-Grand, puis de chargé de cours à l’École nationale de la France d’outre-mer, avant de revenir à Dakar en 1946, en tant que cabinet du Gouverneur général de l’AOF. Alioune Diop entre (brièvement) en politique, à la Section française de l’Internationale socialiste, remportant un siège de sénateur en 1946.

Présence africaine

« La revue Présence africaine ne se place sous l’obédience d’aucune idéologie ou politique. Elle veut s’ouvrir à la collaboration de tous les hommes de bonne volonté (Blancs, Jaunes ou Noirs), susceptibles de nous aider à définir l’originalité africaine et de hâter son insertion dans le monde moderne  ».
Alioune Diop.

Alioune Diop fonde Présence Africaine, revue panafricaine semestrielle, diffusée à Paris et Dakar, en 1947. La colonisation et l’impérialisme y sont violemment critiqués, et la culture africaine y est mise en valeur. Le comité de patronage comprend Jean-Paul Sartre, Albert Camus, André Gide, Théodore Monod, Aimé Césaire, Michel Leiris.

Alioune Diop perd son poste de Sénateur en 1948, au profit de Mamadou Dia, du Bloc démocratique sénégalais. Renonçant définitivement aux responsabilités politiques, il étend les activités de Présence africaine à l’édition en 1949, publiant entre autres le romancier Mongo Betti, le poète militant David Diop. Alioune Diop fréquente les militants africains pour l’Indépendance, de Patrice Lumumba à Kwame Nkrumah.

Présence africaine, carrefour d’une foule d’idées et d’énergies créatrices et politiques essentielles et fondatrices, édite en 1954 Nations nègres et Culture de Cheikh Anta Diop, qui rencontre un très large public et marque les esprits. Présence africaine, qui publie aussi des anticolonialistes occidentaux, commande en 1951 aux réalisateurs français Chris Marker et Alain Resnai, le court métrage documentaire Les statues meurent aussi, qui dénonce la colonisation. À sa sortie, en 1953, le film obtient le prix Jean-Vigo, mais la commission cinématographique de contrôle lui refuse le visa de sortie.

Les statues meurent aussi

« Alioune Diop était le « Socrate noir », plus soucieux d’accoucher les autres que de produire une œuvre personnelle ambitieuse »
Léopold Sédar Senghor.

Alioune Diop organise le premier Congrès des écrivains et artistes noirs en 1956 à la Sorbonne. A l’issu de ce congrès est constituée la Société africaine de culture (SAC), dont Alioune Diop est secrétaire général, fonction qu’il occupera jusqu’à la fin de sa vie. L’année suivante, son ami Albert Camus reçoit le Prix Nobel de littérature.

En 1961, une copie tronquée du film Les Statues meurent aussi sort enfin sur les écrans français, et l’année suivante un des numéros de la revue Présence africaine, consacré aux Antilles et à la Guyane, est saisi par le parquet français pour « atteinte à la sûreté de l’État ».

Tandis que les indépendances africaines se succèdent, Alioune Diop et Léopold Sédar Senghor, qui publie depuis la création dans la revue Présence Africaine, organisent le premier Festival mondial des arts nègres à Dakar via la Société africaine de culture, en avril 1966. Cet événement qui réunit des artistes africains et afro-descendants venus du monde entiers commémore aussi pour la première fois la mémoire de la Traite négrière et pose la question de la réparation.

Festival mondial des arts nègres, vidéo documentaire

« S’il est un des rares intellectuels musulmans à s’être converti au christianisme, je veux croire que c’est, avant tout, par soif d’une spiritualité neuve et par besoin d’élargir, non sans déchirement, sa quête passionnée de l’homme (...)  ».
Guy Tirolien, poète antillais, in Hommage à Alioune Diop, revue Présence Africaine, 1978

Par le biais de la Société africaine de culture, Alioune Diop appelle les intellectuels africains d’obédience catholiques à participer au Concile Vatican II, dont le thème est « Personnalité africaine et catholicisme », en 1962. Il organise avec l’autorisation du Pape Paul VI « Les états généraux du christianisme africain ». En 1968, les idées marxistes, communistes, se propagent partout, y compris à Dakar, où Léopold Sédar Senghor pointe les pères dominicains comme éléments de subversion maoïstes. Il renonce à leur expulsion grâce à l’intervention d’Alioune Diop.

Alioune Diop décède à Paris, le 2 mai 1980. Après ses obsèques à l’église Saint-Médard de Paris, son corps rejoint la terre sénégalaise pour être inhumé au cimetière catholique de Bel-Air (à Dakar). Depuis, les éditions Présence africaine sont dirigées par son épouse Christiane Yandé Diop.

« C’est en étant conscient de son originalité et de sa richesse que l’Africain pourra s’engager sans complexe dans le monde moderne et lui apporter ce supplément d’âme dont il a besoin  ».
Alioune Diop, éditorial, revue Présence africaine

Le prix Alioune Diop (biannuel) pour l’édition africaine a été crée en 1982 par l’Organisation internationale de la francophonie. Depuis 1995, il est décerné à la Foire internationale du livre et du matériel didactique de Dakar (FILDAK).

La Société africaine de culture existe toujours, sous le nom de Communauté africaine de culture

Yandé Christiane Diop a reçu la décoration de chevalier de la Légion d’honneur en 2009. Présence africaine comptait alors 300 numéros de la revue et environ 400 ouvrages.

Centenaire de la naissance d’Alioune Diop : du 11 novembre 2009 au 31 janvier 2010, le musée du Quai Branly a accueillit une magnifique exposition thématique autour de la revue Présence africaine, exposée à Dakar lors de la Biennale de 2014 à la Fondation Total. Une plaque a été apposée sur sa maison natale à Saint-Louis, où l’Université Gaston Berger avait organisé un colloque intitulé « Alioune Diop, l’homme et son œuvre face aux défis contemporains » en présence de personnalités dont le prix Nobel de littérature Wole Soyinka, l’écrivain Cheikh Hamidou Kane, l’ancien directeur général de l’Unesco Amadou-Mahtar M’Bow (mai 2010).

L’ Université Alioune Diop de Bambey, au Sénégal, a été crée en 2011 (www.uadb.edu.sn/)

Site web des Editions présence Africaine : http://www.presenceafricaine.com
Exposition Présence Africaine : (vidéos) http://www.inook.com/projets/musee-quai-branly-presence-africaine/

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