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Diaspora / Entretiens et portraits

Ansou Sané, migrant clandestin au Maroc : partir est-il la solution ?

Il vivait à Dakar de différents boulots par lesquels il gagnait à peine de quoi subsister. Il a décidé de tenter l’aventure marocaine. Et de là, rejoindre l’Espagne. Deux ans après son arrivée, son quotidien demeure des plus précaires. Entretien avec un homme qui peine à trouver sa place et dans son pays et à l’étranger.

Partagez cette page Publié le 14 février 2017 | 1 commentaire

Vous êtes Sénégalais. Comment vous êtes vous retrouvé émigré clandestin au Maroc ?

Je me suis retrouvé clandestin trois mois après la fin du durée de mon cachet qui me permettrait d’y séjourner avec mon passeport. J’y vis depuis deux ans maintenant.

Ansou Sané

Comment êtes-vous arrivé là bas ?

… Par voie terrestre en passant par la Mauritanie, avec des voitures de transport en commun comme nombreux de mes confrères sénégalais que j’ai trouvés au Maroc.

Pourquoi avez-vous ressenti le besoin de quitter le Sénégal ?

Après beaucoup de réflexion sur ma situation professionnelle et financière, l’absence d’un bon travail et d’un salaire pour pouvoir subvenir à mes besoins et ceux de ma famille et vu la mauvaise politique de nos dirigeants : voila les raisons qui m’ont poussé à sortir de mon pays.

Selon vous, pourquoi tant de Sénégalais rêvent de quitter le pays ?

Pour certains que j’ai eu à rencontrer, ils ont un frère, ami, voisin, en Europe qui a eu à passer par le Maroc. Le Maroc était un passage facile pour eux parce que cela ne les oblige pas à connaître les dangers de la mer.

D’autres avec qui je vis ont presque le même problème que moi : manque de travail et de respect dans leurs familles, alors ils sont décidé de quitter leur pays pour un lendemain meilleur.

Avec le PSE (Plan Sénégal émergent), le gouvernement en place a pris des mesures ayant un impact positif sur certaines franges de la population. Cette avancée ne vous donne-t’elle pas envie de rentrer au bercail ?

Pour de nombreux Sénégalais, le PSE est une très grande déception. Parce que les politiciens font de la politique sans rapporter de solutions durables qui puissent nous donner un bon emploi, une éducation, la santé. Ils ne font que des promesses qu’ils ne tiennent jamais.

Racontez-nous votre arrivée au Maroc.

En passant par la frontière avec la Mauritanie, après avoir fait tout les formalités, j’arrive à passer sans aucun problème. Je prends le bus direction Casablanca qui était mon destination, espérant une vie meilleure au Maroc.

Arrivé à Casa, mon ami qui devait m’héberger était à Tanger, alors j’ai passé la nuit à l’hôtel sans connaître la valeur de l’argent. On m’a trompé durant tout mon trajet, du coup, je n’avais plus d’argent. Je suis parti à Rabat rejoindre un autre ami qui travaille dans les chantiers de construction immobilière. J’ai commencé à travailler avec lui. Mais deux inspecteurs du travail sont venus nous faire comprendre qu’on ne pouvait plus travailler sans carte de séjour. Alors j’ai rejoint Tanger avec mon ami.

Là, c’est plus pire : il n’y a même pas de travail pour les migrants. Ce qui les pousse à mendier et à dormir dans les forêts, dans des abris de fortune. Et à affronter avec des zodiaques les quatorze kilomètres de la méditerranée qui nous séparent de l’Espagne. Ce qui peut-être facile pour certains débouche sur la mort pour d’autres. Rien que la mort était assurée. De l’autre côté, trois barrières de sept mètres nous séparent aussi de Melilla une ville espagnole où les Africains se font tuer par la Guardia civile espagnole qui surveille tout le long. Néanmoins les gens tentent toujours.

Comment vivez-vous au jour le jour ?

Toujours à la quête d’un travail bien rémunéré pour pouvoir se nourrir et subvenir à certains besoins. AParfois, je suis obligé de mendier dans certains artères de la ville. Depuis mon arrivée au Maroc j’ai pas de logement. Je dors dans des forêts avec des abris de fortune, sans couverture, ni eau, en ce moment d’hivernage   et de froid ; comme la majeure partie des migrants qui se trouvent ici.

Quel est votre moyen de subsistance ?
Comme je l’ai dit, la mendicité et de petits travaux journaliers dans certains chantiers de construction ou des travaux champêtres qui aident à survivre au jour le jour.

Avez-vous rencontré d’autres migrants dans votre situation ?

Plus de trente mille migrants répartis dans tout le territoire vivent la même situation que moi. A Tanger où je vis, j’en connais beaucoup de même nationalité et d’autres de nationalités différentes avec qui je vis dans les forêts.

Existe-t-il une solidarité entre les migrants ?

Il nous arrive d’être solidaires entre nous. Mais souvent, c’est le contraire, vu que les cultures et les modes de vie et les points de vue diffèrent. Du coup, c’est pas facile même entre nous, même de même nationalité, on à des problèmes de cohabitation et on fait avec.

Êtes-vous marié ? Avez-vous laissé des enfants derrière vous ?

Je suis célibataire et père d’une fille de quatorze ans qui fait la sixième secondaire à Dakar.

Le Maroc constitue t’il votre destination finale ou est il juste une étape ?

S’il m’arrive d’avoir une situation stable comme un travail, un logement et la carte de séjour oui. Le cas échéant, je tenterai toujours de gagner l’Europe par tous les moyens comme bon nombre de migrants.

Vos rapports avec la police marocaine ?

La police marocaine est toujours radicale avec les migrants, particulièrement les sans papiers. Il arrive même qu’il y ait des morts, des blessés graves, pendant les arrestations qu’ils organisent, souvent surtout à Tanger qui est la ville frontalière avec l’Espagne par la mer.

Comment vous, migrants, êtes perçus par les habitants ?

Pour certains je dirais qu’ils se sentent mal de te voir vivre une telle vie. Par contre pour d’autres, le racisme les a dominé au point qu’ils peuvent même vouloir te tuer ; que ce soit dans les restaurants, cafés, ou espaces publics. Ce qui nous pousse à vivre entre nous, migrants.

Que diriez-vous à vos compatriotes désireux de tenter l’aventure marocaine ?

Pour ne pas décourager certains, je dis de bien réfléchir avant de prendre une décision pareille. Parce qu’il n’est pas facile de vivre la discrimination, le racisme, et la répression loin de ta famille et de tes amis.

Différences entre Maroc et Sénégal ?

Le Sénégal est un pays d’accueil et de partage d’esprit, de savoir, et de cultures. Par contre le Maroc est un pays de méfiance qui pousse un bon nombre de ses citoyens à fuir les candidats à l’immigration. Et pourtant c’est un pays bien bâti avec des infrastructures spectaculaires ordonnées par Sa Majesté le roi Mohammed VI, mais la mentalité de certains laisse à désirer.

Qu’est ce que l’expérience de l’émigration vous a apporté ?

Pa grand chose parce jusqu’ici, je n’ai eu à exercer aucun travail… Peut-être voir que l’émigration clandestine est une réalité que beaucoup de jeunes africains au Maroc, vivent.

Sachant ce que vous savez de l’émigration et vivant ce que vous vivez, si ce voyage était à refaire, le référeriez vous ?

Personnellement ci c’était à refaire, je ne serai pas partant pour la bonne raison que les Blacks ne sont pas les bienvenus dans pays arabes.

Je dirais aux parents des migrants de bien prier pour leurs enfants vu la situation qu’ils vivent dans ces pays.

Propose recueillis par Irène Idrisse.

Messages

  • ma

    Je connais bien le Maroc et le Sénégal
    Les informations données sont véridiques
    Cette interview pourrait faire l’objet d’un très bon reportage

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