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Baobabs déracinés : notre futur atterré

Ce matin là, le ciel est celui gris léger et dense, celui de l’hivernage  . Je suis devant le porche d’entrée de la cité Sidak en construction à Thiès Ouest. La future cité a repoussé la forêt de baobabs : gisant dans le lointain, des troncs énormes ont le sol pour toute sépulture. Une infamie.

Partagez cette page Publié le 26 août 2015 | 11 commentaires

La Sidak, promoteur immobilier construit pour le compte de la Société immobilière du Cap Vert (Sicap) des maisons économiques, voire très économiques, dans des parcelles de 150 m2.

La visite d’information de M. Doudou Ndiaye, conseiller au ministère de l’Environnement, est l’occasion d’un retour sur les lieux après les premiers articles informant début mai-juin de l’irréparable. Nous sommes accueillis par le gardien du site, un jeune homme handicapé qui a toute autorité sur la poursuite des travaux. Sur la droite, la forêt est en arrière plan. C’est la que se dressent baobabs intacts feuillus, fromagers géants d’où s’envolent des calaos et des perroquets. Au sol, les massifs d’adera aux fleurs rouges et des plantes rampantes qui fleurissent a la bonne saison. C’est agréable et formidablement bucolique.

M Ndiaye visite le chantier en compagnie de Ute Bocandé

M Ndiaye reconnait pourtant qu’en cas de constructions entre les arbres, aucun Sénégalais n’irait s’établir si près d’un baobab, la crainte de leurs méfaits terrorise toujours. Les anciens racontent les interférences possibles des baobabs avec les djinns, les rabs silencieux qui les habiteraient.

Pourtant ces arbres millénaires comblent l’homme de ses bienfaits. Ils sont présents dans les rituels de vie et de mort depuis des temps immémoriaux. L’arbre aux fruits à nombreuses graines des arabes prend son nom « baobab » lors des recherches que lui consacre Michel Adanson en 1757. Cet arbre médecine offre des retombées alimentaires innombrables et a un potentiel médicinal apprécié (antianémique, anti diarrhéique, augmente les défenses immunitaires, sans gluten). C’est un arbre qui inspire des légendes, peut conserver de l’eau dans son tronc creux et a humblement servi de sépultures aux griots sérères jusqu’ a l’interdiction faite par Senghor en 1960.

J’aime l’idée que les arbres, liens naturels entre la terre et le ciel, offrent un archétype universel. Le baobab plus qu’un autre se prête à cette évocation avec ses troncs et branches qui forment comme des « arbres a l’envers ». Voir à terre ces tronçons d’arbres creux où un homme peut de dresser debout a quelque chose de pathétique. N’a-t-on pas écrit dans la presse et les revues universitaires, lors de la période de l’alternance au Sénégal en mars 2000, qu’un baobab était tombé, avec une sorte de consternation craintive. Comment avait-on osé commettre l’irréparable ?

Baobab déraciné

Patrimoine menacé du Sénégal

Le baobab peuplait probablement tout le Sénégal à l’ origine. Du nord au sud du pays, certains sont restés célèbres : des 68 baobabs exceptionnels des îles de la Magdeleine aux différents « « gouye » (baobabs) d’hier et d’aujourd’hui. Le Djouli de Kahone, servait de lieu d’initiation à la vie aux combats et à la cavalerie des jeunes par le Bour Saloum. Les baobabs sont cimetières à Fadial, Kangea à Diakhao … et palmier à Bignona – Balismane voire « éléphant » dans le parc de Bandia. Je veux célébrer l’immortel Gouye Sedelle, baobab saint-louisien millénaire que Battling Siki a affronté avant que l’arbre ne meure de vieillesse. Quant il ne devient pas quartier de la Sicap après de probables déracinements non documentés, orchestre afro-cubain des dansantes années 70 ou domaine viticole expérimental récemment. Le baobab est sur tous les fronts et appartient au patrimoine immatériel du Sénégal, présent sur les drapeaux nationaux. Respect.

Aujourd’hui ces arbres sont menacés par la sécheresse qui fragilise leurs bases. La pression des troupeaux à la recherche de nourriture absorbe un feuillage de courte durée (deux mois) laissant les arbres dénudés et fragiles. Les jeunes pousses alentour disparaissent. Quant ils ne sont pas simplement abattus n’ayant aucune chance face à l’habitat ou il ne sera jamais intégré. Combien de morts dans ce combat inégal ? Difficile à dire.

Racine de baobab

Des citoyens s’engagent

Pourtant le baobab a d’ardents défenseurs. Ute Bocandé, citoyenne de Thiès, alerte l’opinion depuis 1983 sur les atteintes à l’environnement. Cette année depuis mai, avec ténacité et sans découragement, elle informe sur le déracinement des baobabs et l’attaque du poumon vert de la deuxième ville du Sénégal. Les parcelles restantes au nord et au sud de la zone détruite ne pourraient- elles pas devenir un parc pour les familles s’interroge la citoyenne engagée. D’autre part, n’y a t-il pas dans cette cité, d’espaces publics comme dans tous les quartiers crées par la Société nationale de construction où de tels arbres pourraient être valorisés et trouver refuge ?

Une association de scientifiques et de défenseurs de l’environnement, le LAB (l’Association des amis du baobab) se proclame défenseur et promoteur de l’arbre millénaire. Le LAB a des idées sur l’avenir possible de ces troncs abattus. Si la possibilité de dresser les troncs nécessite des moyens dont elle ne dispose pas, le projet de construction d’un théâtre des baobabs a été faite et soumise à la société immobilière. Les autorités saisies n’ont pas répondu aux interrogations de la société civile.
A l’heure où le développement ne peut être que durable comme l’a rappelé le Président Sall en juillet, il serait souhaitable de s’engager dans la construction d’environnements propices aux habitats futurs et aux familles résidentes.

J’ai planté un baobab a Thiès Tangor dans mon jardin pour le plaisir de sa compagnie et deux sont arrivés et se sont développés naturellement. Je n’ai aucune chance de les voir devenir millénaires. Mes petits enfants et leurs descendants peut-être. Je leur offre cette chance.

Anne Jean Bart

Messages

  • sn

    Dakar le 23 09 2016

    ALERTE : DISPARITION DE LA FORET DE BAOBAB
    LE BAOBAB emblème du Sénégal, arbre mythique et ressource naturelle pour les populations ( alimentation, pharmacopée, biodiversitée ...) SE MEURT à petit feu et en douceur !!!

    ALERTE : cette foret de baobabs, joyau du pays, unique au monde de part son étendue, ne se régénère plus. observez et remarquez qu’il n’y a quasiment pas de jeunes baobabs à l’état naturel, ils sont tous formatés et ont globalement le même âge, entre 500 ans et 1000 ans

    ALERTE : A 1 km a la ronde, autour d’Accrobaobab nous avons recensé cette année 12 baobabs qui sont mort .

    ALERTE : ce phénomène est récent : IL EST PRINCIPALEMENT L’OEUVRE DES ÉLEVEURS ET DES BERGERS PEULHS.
    leur action destructrice consiste à couper systématiquement les feuilles et les branches des baobabs pour alimenter le bétail à toute époque de l’année même quand il y a de l’herbe à foison, au sortir de l’hivernage  . La raison : les vaches produisent plus de lait quand elles mangent les feuilles de baobab. Cette rumeur s’est rependue il y a moins de 10 ans, et elle signe la fin des baobabs. En conséquence
    -  les arbres sont blessés en permanence ,
    -  les maladies se transmettent par les lames des coupe coupe d’un baobab à l’autre,
    -  les arbres ne font presque plus de photosynthèse en l’absence de feuilles,
    -  la fructification n’existe plus donc pas de graines, donc pas de réensemencement naturel donc pas de régénération naturelle.
    Historiquement les bergers ne coupaient les feuilles de baobab que en mai juin en période de soudure lorsqu’il n’y avait plus rien a manger dans la brousse.

    Les baobabs sont désormais très fragilisés et finissent par mourir.
    Le bétail en divagation mange systématiquement toutes pousses ayant réussi à germer et empêche donc que les baobabs se régénèrent

    La seule et unique solution : protéger des zones peuplées de baobabs par des clôtures et empêcher le bétail et les bergers Peulhs de sévir. Cela est malheureusement insuffisant, il faut en plus mettre un gardiennage car les bergers des troupeaux n’hésitent pas à couper et écraser les clôtures pour faire rentrer les troupeaux.
    Les relations entre les paysans Sérères et les éleveurs Peulhs sont tendues particulièrement a cette époque car les bergers profitent de l’absence des cultivateurs dans leur champs pour mener leur troupeau manger la paille d’arachide qui n’a pas encore été évacuée des champs. cela se passe parfois la nuit, ou aux heures les plus chaudes dans la journée .

    A Accrobaobab nous avons actuellement plus de 200 mètres de clôture qui ont été coupés et écrasés. Les nombreuses plaintes n’y font rien, et les bergers fort de ce systèmes vous rigolent au nez nonchalamment même en flagrant délit.

    A ACcrobaobab les jeunes baobabs sont légion et les grands baobabs sont en pleine forme. cela avec un recul simplement de 10 années !!! c’est un vrai message d’espoir.

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  • ch

    Bel article qui, je l’espère, suscitera des réactions vigoureuses de la part des protecteurs de la nature.
    Comment est ce possible que des arbres aussi majestueux, qui font partie du patrimoine national et devraient en être la fierté, puissent être abattus sans que les autorités n’interviennent.
    J’ai, de mes propres yeux, vu à Toubacouta, dans le Delta du Saloum, une rangée de baobabs séculaires être abattus pour améliorer la vue sur le bolong(rivière), sans la moindre réaction des autorités locales ; tous les nims (de plus de 50 ans d’âge) du village ont été abattus, sans qu’il y ait eu la moindre
    réaction de qui que ce soit ; il y a deux ans, un magnifique fromager de plus de 50 ans a été abattu pour faire la place à un maraîchage en devenir.
    Le comble est que ce fromager se trouve sur la route de Karang et est situé pratiquement en face d’un bureau des Eaux et Forêts.
    Sans parler de la forêt de Patako située à une trentaine de kilom^tres de Toubacouta et qui fait partie des plus grandes exactions de ce siècle sans que les aautorité s’ent émeuvent.
    Cette forêt est pillée et vidée de ses plus beuax arbres, dans l’indifférence générale.
    On entend constamment les tronçonneuses s’agiter dans la forêt en quête de destruction massive.
    Pauvre de nous, les êtres humains ; nous détruisons tout sous notre passage ; qu’allons nous laisser à nos enfants, notre patrimoine naturel se raréfie par des actions destructrices et irréversibles.
    Qu’attend-t-on pour donner, dans les écoles, des cours de civisme qui luttent contre la destruction systématique de ce qui constitue l’essence de notre civilisaation ?
    Cette rage de détruire doit cesser.
    Apprenons à nos enfants à planter, plutôt que de détruire.
    Ce serait si facile de planter, à la naissance de chaque enfant au Sénégal, deux arbres dont on lui confierait le soin de les faire grandir. Je sais que cela pourrait conscienciser ces enfants au respect de ce qui les entoure.
    Et pourquoi pas ?

    • sn

      Merci pour cet article qui m’a donné la chair de poule et les larmes aux yeux. C’est vraiment très triste, Dieu nous a donné une magnifique nature que l’homme s’empresse de détruire, c’est la fin du monde. De tous ces arbres et plantes qui sont des plantes de médecines naturelles, que l’on devraient préserver absolument. Mais non on préfère une médecine moderne qui soigne plus rapidement et détruit aussi l’organisme. Personnellement j’ai eu de graves problèmes de santé, j’avais 11 médicaments pas jour, il y a deux ans je ne pensais pas finir l’année, mais Dieu merci, je me suis révoltée et j’ai commencé petit à petit à supprimer les médicaments toubab aux profit des plantes médicinales africaine. Aujourd’hui je me sens nettement mieux, j’ai 74ans mai j’ai l’impression d’avoir 15 ans de moins, je revis grâce aux plantes. J’avais des détresses respiratoire avec mon asthme. Aujourd’hui c’est fini, je n’ai plus de problème de tension, ni d’arthrose, il me reste encore un eu le diabète mais qui va beaucoup mieux et dont j’espère bientôt finir avec l’insuline. Si je l’ai toujours ’est à cause du riz. Je fais régulièrement des cures de cures de nébédaye, de feuilles de corossol, de la plante soigne tout et bien d’autres encore. Je remercie Dieu pour cette nature que l’on doit tout mettre en œuvre pour sauvegarder.
      Je me désole aussi des constructions anarchiques, des cités sans parc, sans végétations qui nous apport l’oxygène dont nous avons besoin. <il n’y a pas de parc pour les enfants, ou vont il jouer dans la rue ???
      les arbres c’est la vie. On doit l’enseigner aussi aux enfants dès leurs jeunes âges, cela fait partie du civisme. On peut enseigner dès la maternelle en même temps que l’hygiène et la protection de l’environnement.
      Merci

    • fr

      merci de ce si beau témoignage. Très heureuse de savoir que les plantes ont pu améliorer votre santé. Pouvez vous préciser les plantes et la maladie qui a été soignée cela pourrait être utile a d’autres vies. Bonne soirée Anne

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  • fr

    Le Baobab fait partie de l’âme du Sénégal, peux-t-on imaginer la France sans ses chênes par exemple ?
    Avant de penser à construire l’avenir, pensons à ne pas détruire ce qui fait notre passé, sans notre histoire rien de solide ne peut être bâti

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  • sn

    Toutes mes félicitations pour ce bel article. Le Baobab fait partie des espèces intégralement protégées par le Code forestier du Sénégal, ce qui signifie que son abattage est assujetti à une autorisation préalable du Service Forestier. Donc si le promoteur immobilier a abattu ces Baobabs sans l’aval du Service des Eaux et forêts, il pourrait encourir de lourdes sanctions.
    Je demande à l’Auteur de cet article de bien vouloir sensibiliser l’Inspection des Eaux et Forêts de Thiès de cette affaire afin que ce phénomène soit élucidé.
    Merci.

    • fr

      Merci Babacar je prends connaissance très tardivement de votre message. Oui je sais que l’abattage ne peut se faire qu’avec des autorisations requises. Je transfers l’information au constructeur et revient vers vous incessamment. merci de votre intérêt pour les arbres qui ont peu de défenseurs. A

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  • sn

    Merci M.Seck pour cette information les promoteurs doivent éviter d’abattre les baobabs car ,ces arbres majestueux sont partie intégrante du paysage sénégalais et sont un symbole national.De grâce chers promoteurs , soyez des protecteurs de l’Environnement cela ne peut que rendre la vie des citoyens agréables.Pensez-y.

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  • sn

    Bonjour, très bel article bien documenté, j’aimerai rencontrer les gens du LAB pour les aider dans leur démarche., Comment les contacter ?, merci de votre réponse.

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  • fr

    Très bel article : c’est une cause juste. J’en ai oublié la grisaille de début d’automne à Paris.
    Bonne continuation !

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