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Économie, environnement

Découverte de gaz naturel au Sénégal : polémiques et nécessité de transparence

Selon certains, le Sénégal pourrait faire partie des sept plus importants producteurs de gaz naturel au monde. Mais la polémique qui fait rage autour du secteur des hydrocarbures révèle un profond malaise et pose une question centrale : Comment l’État sénégalais va-t-il contrôler la gestion de cette matière première pour que cette manne profite aux citoyens ?

Partagez cette page Publié le 21 octobre 2016 | 2 commentaires

Localisation des gisements de gaz au Sénégal (Kosmos Energy)Le gaz naturel, découvert au Sénégal en 1997, est exploité depuis 2001 par la société américaine Fortesa. Les découvertes ont continué depuis, jusqu’à celles de deux importants gisements dans les blocs offshore de Kayar et Saint-Louis par Kosmos Energy, pétro-gazier américain, qui en a fait part en mai 2016. Le 12 octobre, la radio RFI a annoncé, citant des experts, que les côtes sénégalaises regorgeraient de 5,6 milliards de m3 de réserve de gaz naturel et que le pays serait au 7e rang mondial des producteurs de gaz.

L’information a vite fait la une des journaux, même si Kosmos Energy a revu les estimations à la baisse, précisant que le Sénégal serait plutôt au 23e ou 30e rang mondial. De plus, il faut attendre cinq à sept ans avant de pouvoir exploiter ce gaz et l’investissement nécessaire avoisine les 10 milliards $, selon des experts. Le gisement de Saint-Louis se situant dans la zone frontalière avec la Mauritanie, le Sénégal va aussi devoir s’entendre avec son voisin sur les modalités d’exploitation. Pas si simple donc.

Polémiques

Très vite, la polémique enfle autour de l’affaire Petro-Tim, société d’exploration et d’exploitation pétrolière dont le siège est aux îles Caïmans : des soupçons de malversations sur des contrats datant de 2014 remontent à la surface. L’ambiance est électrique. La manifestation du 14 octobre, organisée par l’opposition, pointant le frère du président de la République, Aliou Sall, administrateur de Petro-Tim, et Franck Timis, homme d’affaires australo-roumain, spécialisé dans les industries extractives, directeur de Timis Corp, a été dispersée par les forces de l’ordre à coup de gaz lacrymogène.

Une plainte a été déposée au nom de Frank Timis et Aliou Sall par l’avocat Maître El Hadji Diouf contre onze personnalités de la société civile et de l’opposition, pour diffamation, association de malfaiteurs et diffusion de fausses nouvelles. Le 17 octobre, Aliou Sall a démissionné de son poste à Timis Corporation Sénégal, pour celui de directeur marketing Afrique de la société mère, Timis Group. Cette polémique effraierait-t-elle les investisseurs ? Fait étrange, les cours de Kosmos Energy ont chuté à la bourse de New York, le jour même de la manifestation… Mais quels sont les rouages qui ont menés à cet imbroglio politico-économique ?

L’affaire Petro-Tim

PetrosenPetrosen, qui représente l’Etat dans l’organigramme complexe des sociétés en charge de la recherche, de l’extraction et de l’exploitation des hydrocarbures, a signé 8 décembre 2011 un contrat (mémorandum d’entente) de recherche et de partage de production avec Petro-Tim Limited. Ce contrat, signé par Ibrahima Mbodj, directeur général de Petrosen, et Karim Wade, ministre d’Etat, ministre de l’Energie, ouvrait les négociations sur les conditions d’attribution des blocs de Saint-Louis et Kayar, conclues le 17 janvier 2012 par les Contrats de recherche et de partage de production (Crpp) entre Petrosen et Petro-Tim, contre-signés par le Président Wade.

Ces contrats n’ayant pas été approuvés par un décret, comme l’exige le Code minier, ce sera Macky Sall qui fera éditer les décrets d’approbation, le 19 juin 2012. Le président du parti d’opposition Pastef, Ousmane Sonko, estime que Macky Sall s’est rendu là coupable de « délit d’initié » en validant l’exploitation pétrolifère par la Petro-Tim, administrée par son frère, Alliou Sall.

Petro-Tim Limited, société pétrolière internationale est dirigée par l’homme d’affaire chinois Wong Jong Huang, qui en est l’unique actionnaire. Aliou Sall a témoigné (point de presse du 17 octobre) avoir fait sa connaissance quand il était ministre conseiller et chef du bureau économique à l’ambassade du Sénégal en Chine, en 2010. Mr Huang lui aurait fait part de sa volonté d’obtenir de l’État sénégalais des blocs pour la recherche de pétrole et lui aurait parlé de Frank Timis à qui le gouvernement Sénégalais avait confié l’exploitation de deux blocs (mémorandum de 2010 portant sur les côtes gambiennes).

Après la victoire de Macky Sall, Mr Huang a relancé le gouvernement du Sénégal et sollicité le soutien d’Alliou Sall, qui aurait, d’après lui, refusé « pour ne pas s’immiscer dans les affaires de l’Etat  ». En vertu du Code pétrolier, après signature des décrets en 2012, Petro-Tim Limited devait ouvrir au Sénégal un bureau de représentation. Le 23 mai 2012, a été fondée Petro-Tim Sénégal, avec comme administrateur, Aliou Sall…

Timis Corp a racheté à Petro-Tim Limited 90 %, de ses parts et rétrocédé, en août 2014, 60 % des droits de prospection des blocs de Kayar et Saint-Louis à Kosmos Energy. La participation se partagea dès lors entre Petrosen (10 %), Petro-Tim (10 %), Timis corp (30 %), et Kosmos Energy (60 %). La cession des parts entre Petro-Tim et Kosmos Energy porte sur 400 millions de dollars (environ 23 milliards FCFA) et fait encore aujourd’hui l’objet de controverses. La coalition d’opposition Mankoo Wattu Sénégal accuse Frank Timis et Aliou Sall d’avoir réalisé une plus-value lors de cette transaction, au détriment de l’État sénégalais. Ce que nie Frank Timis, dans un entretien donné en octobre 2016 à l’As : « La seule contrepartie, c’est un engagement d’investissement de cette compagnie à hauteur de 450 millions de dollars ». L’association citoyenne Alliance Sauvons le Sénégal a porté plainte, en décembre 2014, contre Aliou Sall, sur le dossier Petro-Tim Limited, auprès de l’Office national de lutte contre la fraude et la corruption (Ofnac). De plus, Abdoulaye Wade soupçonne Aliou Sall de détenir 30 % des actions de la société Petro-Tim, ce que ce dernier a contesté lors de son point de presse du 17 octobre.

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(Kosmos Energy)

Aliou Sall, un parcours singulier

Aliou Sall, maire de GuédiawayeUn début de carrière dans le journalisme, qui s’est achevée comme rédacteur en chef de Sopi ak Alternance, au service d’Abdoulaye Wade lors de l’élection présidentielle de 2001, avant des études à l’École nationale d’administration (ENA), à Paris, en France alors que son frère, Macky Sall, est Premier ministre. Nommé, en 2006, conseiller technique à l’ambassade du Sénégal en Chine, en charge du bureau des affaires économiques, il a été nommé administrateur de Petro-Tim Sénégal, en 2014. Aliou Sall est maire de Guediwaye depuis la même année.

Nécessité de transparence

Une seule réponse possible à cette polémique gênante pour le chef de l’État qui sème le trouble quand aux transactions dans ce domaine : la transparence. C’est l’objectif du Comité d’orientation stratégique du pétrole et du gaz (COS-PETROGAZ), crée le 13 octobre dernier, « dans la dynamique de gestion saine et durable des ressources naturelles », censé « renforcer le dispositif global de transparence dans la gestion des ressources naturelles après l’adhésion de notre pays à l’Initiative pour la Transparence des Industries Extractives (ITIE) et la constitutionnalisation du droit des populations sur les ressources naturelles  ». COS-PETROGAZ, présidé par le chef de l’État, composé du Premier ministre, du ministre de l’Energie, du ministre de l’Industrie et des Mines, de représentants d’institutions et de structures du secteur, va assister le président de la République et le gouvernement dans « la définition, la supervision, l’évaluation et le contrôle de la mise en œuvre de la politique de l’Etat en matière de développement de projets pétroliers et gaziers  ».

Le 2e rapport de l’Initiative pour la transparence dans les industries extractives (ITIE), norme internationale obligeant les 140 pays adhérant à publier tous les contrats et les gains dans ce domaine, vient d’être rendu public. Il révèle que, sur l’année 2014, les industries extractives représentent moins de 6 % des recettes de l’Etat sénégalais, pour 117 milliards de francs CFA de recettes totales. Le secteur minier y contribue pour 90 %.

Pour Seydi Gassama, d’Amnesty International, qui participe aux travaux sur la norme ITIE : « Le peuple sénégalais doit saisir le processus de réforme du Code minier. Tous ces hommes d’affaires qui sont des spéculateurs – ce n’est pas seulement les hommes d’affaires étrangers, mais des Sénégalais – ne prennent pas des licences pour zéro franc et ensuite les revendent en bourse et encaissent des milliards sans payer des impôts à l’Etat du Sénégal. C’est le vrai débat aujourd’hui  ». Ismaïla Madior Fall, président du comité national ITIE, appelle d’ailleurs les acteurs à se documenter sur les contrats notamment gaziers : « Si on veut qu’il y ait un débat sain sur les questions de pétrole et sur les questions de gaz, il faudrait que les parties prenantes puissent avoir l’information.  ». Le comité ITIE va publier une version simplifiée de ce rapport qui sera traduit en langues locales et diffusé à la population.

Macky Sall, un spécialiste des hydrocarbures

Le président Macky Sall connaît parfaitement le domaine des d’hydrocarbures. Après sa formation d’ingénieur géologue, et de géophysicien à l’Institut des sciences de la terre (IST) de Dakar, puis à l’École nationale supérieure du pétrole et des moteurs (ENSPM) de l’Institut français du pétrole (IFP) de Paris, il a successivement occupé les postes de directeur général de la Société des pétroles du Sénégal (PETROSEN) de décembre 2000 à juillet 2001, conseiller spécial du président de la République, chargé de l’Énergie et des Mines, d’avril 2000 à mai 2001, ancien ministre des Mines, de l’Énergie et de l’Hydraulique, de mai 2001 à novembre 2002, ministre des Mines, de l’Énergie et de l’Hydraulique, de novembre 2002 à août 2003.

> Qui est Macky Sall ?

Puissent ces initiatives, de la création du COS PETROGAZ à la diffusion du rapport ITIE, rétablir la confiance entre le gouvernement et les citoyens sénégalais. Une gestion équitable et transparente est vitale. Les matières premières peuvent autant s’avérer facteurs de troubles que de développement, suivant la manière dont elles sont gérées.

Pour en savoir plus

Laure Malécot pour ww.au-senegal.com. Sources : Jeune Afrique - RFI - APS- Seneweb.

Messages

  • ir

    moi je suis senegalais vivant actuellement en iran et par l intermediare de l inertnet je suis la question du petrole et du gaz au senegal. j ai vraiment honte de constater que tous les autres pays avancent au moment ou nous senegalais passons tout notre temps a discuter des sujets comme : la liberation de karim wade, le petrole, alioune sall.quand est ce que ces debats vont arriver a leur terme ? les senegalais sont fatigues d entendre chaque jour du mation au soir ces debats inutiles. si vous etes capables allez sur le terrain economique et montrez le aux populations pauvres du senegal. ah j allais oublier, laissez le president de la republique travailler et finir son mandat. merci.

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  • sn

    Les ressources sont plus souvent facteur de troubles que de développement, regardez, on sait pas grand chose sur ce gaz et déjà ça fait la dispute

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