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La Nuit de la pensée : de la mémoire universelle à la démocratie du vivant

Les Ateliers de la pensée, à Dakar et Saint-Louis du 28 au 31 octobre, ont réuni des intellectuels africains et de la diaspora pour des débats publics et ateliers à huis clos, s’articulant autour des problématiques et questions que se posent aujourd’hui l’Afrique et sa diaspora.

Partagez cette page Publié le 31 octobre 2016 | 0 commentaire

L’accès gratuit aux débats a favorisé l’impact populaire de cette initiative portée par Felwine Sarr, auteur et éditeur sénégalais, et Achille Mbembé, historien camerounais. Selon Felwine Sarr, cette initiative veut participer à une « reconstruction psychologique fondamentale ».


«  Je voudrais croire que le temps de l’Afrique viendra, même si ce ne sera peut-être pas de notre vivant. La tâche de la pensée critique est d’accompagner ce processus, ce grand moment d’avènement.  »
Achille Mbembé

«  Il est temps que nous montrions à l’humanité que nous ne sommes pas réduits à des problématiques de pauvreté, de manque, de déficit à gérer, et que nous tentions d’enrichir la maturité et la densité de la conscience humaine. (…) Nous sommes souvent dans un langage de l’auto-flagellation, de la désolation, de déficit, du handicap. Ces catégories conceptuelles ont un impact fondamental dans notre psyché, la conception de notre identité et le déploiement de nos capacités  ».
Felwine Sarr

La Nuit de la Pensée, ce 28 octobre à l’Institut français de Dakar, de 20 h à plus de minuit, a été une belle démonstration de l’intérêt du public, toutes générations et origines confondues. Il ne restait que peu de places libres quand le débat a commencé, dans l’amphithéâtre du Théâtre de Verdure.

Le rythme a été soutenu, le programme était chargé : chaque intervenant disposait de cinq minutes pour présenter sa réflexion, sur des thèmes aussi vastes et transversaux que la décolonisation de l’Histoire et du savoir, l’estime de soi, la manière dont l’Afrique et ses diasporas s’inscrivent et se pensent dans la marche du monde. Chacun c’est efforcé de rendre lisible et compréhensible au plus grand nombre, ses concepts et interrogations. Puis 45 minutes par sujet ont été dévolues à l’échange avec les spectateurs.

L’’estime de soi

Il a été beaucoup question de l’estime de soi, du fait qu’il fallait lutter contre des a priori intégrés dans les esprits depuis la colonisation. Mais toujours en s’inscrivant dans une universalité bienveillante.

«  C’est l’estime de soi qui va me permettre de ne pas céder à cette haine de soi que les situations de domination créent, qui va m’aider à ne pas refuser de faire partie d’un monde qui ne veut pas de moi. Elle est nécessaire mais si on veut pas qu’elle se transforme en fierté négative, en arrogance, il faut qu’elle s’accompagne de modestie et d‘un regard bienveillant  ».
Séverine Kodjo-Grandvaux

La nuit de la pensée à Dakar

Tous ont évoqué la nécessité de développer un contre-savoir, une Histoire universelle qui commence bien avant la colonisation, tant au niveau historique, culturel que philosophique. Partir de bases, donc, plus réalistes et plus saines, pour reconstruire des identités plus équilibrées. Dans un esprit panafricaniste, avec la conscience de cette Histoire commune de l’Afrique, de ce que Leonora Miano qualifie de « blessures profondes qui nous constituent  ».

«  On sait que l’Afrique a traversé la Méditerranée, la Mer Rouge, l’Océan Indien, et a été en lien pendant des millénaires avec l’Asie, le Golfe arabe. Il faut revoir comment on écrit l’histoire, faire basculer les axes. (…) La colonisation, c’est un temps très court, mais son discours, sa force, a été telle qu’on continue à parler à l’intérieur du cadre qu’elle a imposé.(…) . Il faut partir de ce que nous avons et non pas à partir de ce qu’on nous a dit manquer. Ce discours du manque, très fort, a imposé l’idéologie du développement et du progrès selon un seul modèle. Il faut s’en défaire. Nous avons des histoires, des mythes, des récits, de l’art, et nous partons de cette richesse pour construire.  »
Françoise Vergès

Nous sommes tous des passants

Mais ne faut-il pas se projeter au-delà des identités pour construire le futur ? C’est la question qu’a posé en conclusion Achille Mbembé, en ouvrant le débat sur une pensée plus globale.

«  Arrêtons de parler de l’identité. Au fond c’est quoi, notre identité, pas seulement africaine, mais humaine ? Ce qui caractérise l’humain je crois fondamentalement que c’est le fait d’être un passant. Tout nous pousse vers la sortie. Parce que le monde a existé avant nous, il est tout à fait possible qu’il existe après nous. Le monde c’est nous, mais toujours avec d’autres entités humaines biologies organiques etc. Par conséquent si on veut approfondir quelque chose comme la démocratie, ca ne peut plus être uniquement une démocratie des humains. Ca devrait être une démocratie du vivant. C’est ainsi que je conçois l’ide de la condition planétaire.  »
Achille Mbembé

Ces intellectuels passionnés, écrivains, historiens, économistes, chercheurs, philosophes, manifestement conscients d’une urgence, ont posé là les bases d’une réflexion profonde, et essentielle, qui par effet de transmission, sera, espèrent-t-ils, profitable au plus grand nombre. Reflet de cet enthousiasme public, dès le premier atelier, des citations issues de ces débats ont fusés sur les réseaux sociaux. Dans le public, nombreux étaient ceux qui prenaient des notes, ou enregistraient. Plus tard, seront publiés les « Actes » du colloque, qui pérenniseront ces entretiens entre intellectuels et avec le public.

Construire une pensée consciente et décomplexée est une nécessité vitale devant les enjeux actuels, pour l’Afrique et sa Diaspora, inscrites dans une universalité inter-agissante indéniable.

Et comme les chemins tortueux de la pensée, individuelle et collective, sont pavés de questions, le débat est loin d‘être clos. D’ailleurs, devant l’engouement suscité par cet événement, les organisateurs et leurs partenaires, ont, l’a annoncé Felwine Sarr, décidé de reconduire annuellement l’expérience au Sénégal de ces Ateliers de la pensée.

«  La philosophie est aussi importante que l’économie pour le devenir de l’Afrique  ».
Mamadou Diouf, historien

La Nuit de la pensée

Universalisme, décolonialité et mutualité
Modérateur : Achille Mbembé
Mamadou Diouf, Abdourahmane Seck, Françoise Vergès, Souleymane Bachir Diagne, Séverine Kodjo-Granvaux, Ebrima Sall

Ecriture, imaginaire et identités
Modérateur : Alain Mabanckou
Lydie Moudileno, Benaouda Lebdai, Romuald Fonkoua, Abdourahmane Waberi, Houryia Benthouami , Sami Tchak

L’Afrique : la condition planétaire
Modérateur Mamadou Diouf
Célestin Monga, Bonavennture Mve-Ondo, Léonora Miano, Nadia Yala Kisukidi, Felwine Sarr, Achile Mbembé

Laure Malécot

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