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Art et culture / Entretiens et portraits

Laurence Gavron, cinéaste de l’émotion

La réalisatrice franco-sénégalaise Laurence Gavron a présenté son nouveau documentaire « Si loin du Vietnam » en avant-première le 30 mai au Théâtre Sorano de Dakar, devant une salle pleine. Nous avons pu la rencontrer.

Partagez cette page Publié le 7 juin 2016 | 4 commentaires

« Si loin du Vietnam » est l’histoire, pendant la guerre d’Indochine (1946-1954), de couples formés entre soldats sénégalais (français à l’époque) et femmes vietnamiennes, rentrés au pays, avec leurs enfants. La communauté sénégalo-vietnamienne présente lors de la projection était très touchée par ce documentaire qui, pour la première fois, met en lumière leur vécu. Par ce film, Laurence Gavron affirme son intérêt pour les identités particulières, inédites, et montre un talent indéniable pour transmettre des émotions.

Vous avez évoqué lors de la projection le manque de financement qui a freiné la réalisation de ce documentaire commencé en 2003…

Au début je n’avais pas de financement, puis pendant quelques années je n’allais pas très bien, suite aux décès de Félix Samba Ndiaye et d’une grande amie à qui j’ai d’ailleurs dédié ce film. Je cherchais aussi un axe de narration. Finalement, nous sommes allées au Vietnam avec Hélène Lam. L’année dernière, lors du centenaire de la guerre 14/18, quelqu’un de l’ambassade de France s’est intéressé au sujet et m’a aidé un peu. Avoir enfin cette impulsion positive m’a boostée ! Le ministère de la Défense français était intéressé, m’a fait attendre pendant des mois, pour rien. J’ai finalement autofinancé, avec des petits soutiens locaux comme la compagnie aérienne Corsair et l’ISM.

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Laurence Gavron et Hélène Lam

Il n’y a a pas d’ambassade du Vietnam au Sénégal (ambassade en Algérie). Avez-vous une idée de l’importance de cette communauté ?

Il devait y avoir plusieurs centaines de familles au départ. Les traces physiques et culturelles de ce métissage se perdent. Leurs enfants parlent le vietnamien, mais très peu de petits enfants le parlent encore. Nous en sommes à la quatrième génération, et c’est surtout la gastronomie qui s’est transmise. Les premières et deuxièmes générations commencent à aller au Vietnam, revendiquent leurs origines. Cette communauté est aussi marquée par la culture française chrétienne, car beaucoup parmi ces jeunes vietnamiennes qui ont épousé des soldats sénégalais, et leurs enfants, ont été élevées dans des écoles catholiques.

Vous effleurez dans le film la question du racisme...

Ils n’en sont pas trop victimes Le général Gomis dit que c’était mal vu à l’époque, mais je l’ai rarement entendu. Avec Hélène au Vietnam, je n’ai pas vu de racisme se manifester à son encontre. Elles m’ont toutes dit n’avoir pas eu de problème, ni là-bas, ni ici. On leur donnait un surnom (noire en vietnamien), et j’ai appris, après la projection du film, qu’ici il existe un surnom, « nay-nay, » pour les métis vietnamiens, dont je n’avais jamais entendu parler. Ici, ils sont très bien intégrés. Ce sont des Sénégalais de classe moyenne, voire aisée.

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Laurence Gavron et les intervenants du film « Si loin du Vietnam »

Le retour au pays, à la fin des années 50, n’a pas été facile. Les femmes ont été un moteur de l’ascension sociale de ces familles, se mettant très vite au travail, s’intégrant, s’imposant. Entre ces peuples tellement éloignés par la géographie, la culture, l’amour a triomphé ! C’est important de montrer cela aujourd’hui, alors que les conflits identitaires, les attitudes réactionnaires dans le politique ou dans le quotidien, horribles, donnent l’impression qu’on régresse chaque jour de cent ans ! J’apporte mon petit caillou à l’édifice. Les gens qui se mélangent, s’aiment, se battent ensemble pour réussir, cela donne de l’espoir.

Dans vos documentaires sur les Cap-verdiens, les Libanais, les Juifs noirs, il s’agit de populations différentes, qui s’intègrent. C’est aussi votre cas, puisque vous êtes française, et sénégalaise, si intégrée que vous êtes considérée comme une artiste sénégalaise et faites partie du paysage culturel local.

J’ai toujours été curieuse, intéressée par l’autre. Depuis toute petite, les gens comme moi m’ennuyaient un peu, c’était plus marrant de découvrir autre chose ! Et je suis juive, ce n’est pas anodin…Les juifs ont toujours été errants. Quand on est juifs, on fait partie d’une diaspora. J’ai toujours été très émue par ces communautés qui sont ailleurs…

Le film sur les Cap-verdiens a été inspiré par la musique, très nostalgique, qui me fait penser à la musique d’Europe centrale, et un métissage très divers, dont je suis tombée amoureuse. J’ai envie de parler des gens différents, des identités peu connues, inattendues, comme ces Camerounais qui se convertissent au judaïsme ! Ma mère dit d’eux : «  ils sont fous ! Ils sont déjà noirs, et ils veulent être juifs en plus ! » . Le monde regorge de gens tellement curieux, de choses étonnantes, on est toujours surpris. Je trouve cela génial.

« Si loin du Vietnam » est une film basé sur l’émotionnel, plus qu’explicatif.

C’est vraiment un choix fait avec ma monteuse et dès le tournage. Ces petites histoires font l’Histoire. Je suis très contente d’avoir fait ce film qui se constitue, avec celui sur le Cap Vert, au travers de l’émotion. C’est le plus fort dans la vie, l’émotion.

Quels sont vos projets ?

Un long métrage de fiction adapté de mon roman Hivernage  , pour lequel j’ai obtenu le FOPICA, et un roman que j’essaie de terminer ! C’est, dans la trilogique Boy Dakar et Hivernage, le même détective, Souleymane Faye, entre New York et le Djoloff. Mon prochain documentaire sera sur un médecin de 73 ans, en France, qui respire l’intelligence, la beauté et la bonté. C’est la première fois depuis très longtemps que j’ai un projet qui n’est pas en lien avec l’Afrique.

Quel est finalement le point commun entre vos films ?

Des coups de cœur sur des gens. Je tiens à ma liberté de production. Souvent je travaille sans chaîne de télévision au départ, personne ne me dit quoi faire. Jusqu’à présent ça marche, j’ai toujours réussi à vendre mes films après montage ! Pourvu que ça dure…

Si loin du Vietnam

Propos recueillis par Laure Malécot. Photos Pascal Nampémania Traoré et Laure Malécot.

Messages

  • au

    Le film est super beau, jadore, en regardant la video, jai les larmes aux yeux, des propos du monsieur qui a combattu au Vietnam pendant la guerre DIndochine, des mamans vietnamiennes qui suivaient leur maris au Senegal, que cest beau lAmour, .....

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  • sn

    Ou peut on voir ce film à Dakar ? Merci

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  • fr

    C’est pour moi une découverte . J’ai habité 17 ans au Sénégal et je n’ai jamais rencontré , ni entendu parler personne de cette communauté .
    Où peut on voir ce film dans la région de Toulouse où j’habite .

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  • sn

    Ce film projeté à Sorano a été simplement fantastique Ceux qui étaient présent ne regrettent pas d’avoir découvert un peu plus sur la communauté vietnamienne que nous côtoyons tous les jours, des gens organisés,disciplinés et bosseurs. Bravo Lawrence et félicitattions à madame Lam

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