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Les tribulations d’une étudiante sénégalaise en France

Le Sénégal faisait parti des pays africains où l’enseignement était le meilleur. L’Université Cheikh Anta Diop a d’ailleurs occupé pendant longtemps la place de la meilleurs Université d’Afrique. Mais aujourd’hui elle a chuté dans le classement, elle est loin derrière les autres Universités. Toutefois l’enseignement reste de qualité mais sa bonne réputation a chuté. Cette chute est surtout due aux nombreux grèves à n’en plus finir, la maltraitance des étudiants par les forces de l’ordre, les chambres saccagées, leurs ordinateurs et matériaux volés. En plus on note un surpeuplement incroyable à l’université d’où les problèmes de promiscuité dans les chambres, les amphithéâtres pleins à craquer, où, par manque de place certains restent debout où dehors et entendent à peine les explications du prof avec un micro qui n’est pas souvent en bon état. Ces nombreux problèmes, et il en reste d’ailleurs fait qu’il y est très difficile d’étudier dans de très bonnes conditions. En outre la nourriture à l’université est un autre problème, il paraît que les produits utilisés pour la cuisine sont souvent de produits importés souvent périmés depuis très longtemps, la nourriture est le deuxième motif de grève après la bourse. Tous ces constats concernent presque toutes les universités publiques sénégalaises, mais les étudiants n’ont pas le choix, par manque de moyens pour une université privée ou une école de formation qui coûte cher d’ailleurs, on est obligé de choisir ou de rester dans une université publique où on a pratiquement pas trop de dépense à faire.

Partagez cette page Publié le 30 juillet 2014 | 6 commentaires

C’est pourquoi aller à la découverte du monde, faire de bonnes études dans l’une des meilleurs universités du monde est le rêve de tout étudiant et le rêve de tout parent qui veut que son enfant réussisse dans la vie et soit l’un des meilleurs. Certains parviennent à réaliser ce rêve mais cela dure des années car les moyens financières posent problème, ce n’est pas facile, ça se prépare durant des années et l’argent mis à la disposition de l’étudiant comprend souvent toutes les économies de toute une famille, chacun participe, le père, la mère oncles, tantes, frères et sœurs...

Et si tout l’argent est mis à côté, commence maintenant les démarches pour obtenir une préinscription, les démarches administratives, les entretiens à campus France, la demande de visa, qui est la démarche la plus redoutable car tout peut basculer en cas de refus, mettant en péril tous les efforts fait et tout les frais déjà dépensés. Le temps d’attente pour la décision de l’ambassade me rappelle les délibérations du bac, on ressent presque les mêmes angoisses, les mêmes inquiétudes et peurs, le cœur qui bat si fort.

Mais ce n’est que du bonheur si le visa est obtenu, on ressent la même joie comme lorsqu’on vient de décrocher le bac. Tous les jours suivants, se sont les préparatifs, on a envie d’emporter tout ce qui nous tiens à cœur. Cependant l’inquiétude refait encore surface, cette fois ci pour le départ vers l’inconnu, on se pose des tas de questions, genre comment peut on vivre là où on ne connaît personne ? Comment peut on rester des mois voir un an sans voir les parents ? Comment supporter le froid ? Le départ est toujours difficile, on a du mal à se séparer des parents, des proches et amis. On ne peut pas se retenir de verser des larmes même dans l’avion.

A l’étranger

Arrivé en France, c’est la découverte d’un nouveau monde. Tout est impressionnant, le paysage, l’architecture, les routes...les premières jours en France ne sont pas souvent faciles, beaucoup de démarches à faire aussi, les inscriptions à l’université, le logement, le choix d’un médecin traitant, d’une mutuelle, la visite médicale, les démarches à l’O.F.F.I, à la préfecture... Il y a toujours trop de papier à faire en France, d’où nous étranger on le surnomme « deukou kaite ».

A l’université aussi c’est un autre monde, mais les cours se déroulent à peu près comme chez nous. Sauf qu’il y a moins de monde dans les amphithéâtres. Les profs sont assidus, l’année scolaire dure à peine 6 mois et tout le programme est fini à temps sans grève. Mais le fait qu’on soit étranger peut nous pénaliser, car certains profs croient que les étrangers surtout les asiatiques et les africains ont du mal avec la langue française, ce qui n’est pas souvent le cas, on a l’accent et c’est normal mais pas de difficultés à comprendre les explications.

Les mois d’avril à août sont réservés pour les stages, car ici contrairement à chez nous le stage est obligatoire et permet de valider le diplôme. Le stage n’est pas facile à trouver même si l’administration nous aide dans la recherche. Certaines structures cherchent des stagiaires pour réduire leur charge salariale en prenant un stagiaire à la place d’un salarié qualifié pour ne payer que 436,05 euros le mois. Certains étudiants parviennent à trouver dans une bonne structure, faire un bon stage et s’en sortir avec une bonne expérience tandis que d’autres sont victime d’une exploitation. On les fait faire des tâches qui n’entrent pas dans le cadre du stage, par exemple, faire du nettoyage, faire du café et servir, sortir les poubelles...

C’est souvent à l’université que l’on rencontre de nouveaux amis, commencent ainsi les petites sorties surtout après les examens, histoire de décompresser un peu.
Durant l’année scolaire, pour combler les jours libres, nous postulons à de petits boulots, histoire de compenser le manque de bourse, que peu de nous verrons selon les anciens, mais certains parviennent à l’avoir parfois. Tout est cher, tout est dur et certains sont démotivés et ont juste envie de retourner au pays dès les premiers mois. Mais c’est la volonté de décrocher le diplôme qui remotive.

Il ne peut se passer un seul jour sans qu’on pense au pays de la téranga  , on est nostalgique et la communication vers l’Afrique n’est pas facile. Les réseaux sociaux comme skype, facebook, restent nos seuls moyens. Il y a également nos plats qui nous manque.

On découvre la gastronomie française, très riche, très diversifiée et délicieuse, on aime presque tout sauf les plats à base d’escargots et de grenouilles. On se fait ainsi plaisir de faire découvrir nos plats à nos amis français. Le yassa au poulet, le thièbou dieune, le mafé restent leurs préférés. En France, on prend de nouvelle habitudes, comme dire tout le temps « vous » en s’adressant à une seule personne, « excusez-moi », « s’il vous plaît », « merci »... On a perd aussi de bonnes habitudes, dire bonjour tout le temps aux personnes que l’on rencontre dans la rue.
A force de dire bonjour, bonjour, et que personne ne répond on fini par ne plus dire bonjour car on se sens ridicule.

En France chacun peut vivre pleinement sa foi, quelque soit sa religion. Chez nous les messes sont bien rythmées contrairement à ici où les messes sont bien calmes. Il est frappant de voir que seul les personnes âgées fréquentent les églises, on y voit très rarement de jeunes.

Quant à nos amis étudiants musulmans, ce n est pas aussi facile pour eux, surtout pour la nourriture halal. Il faut bien la chercher, surtout dans le sud-ouest de la France,
certains se facilitent la tâche en ne s’imposant pas de manger tout le temps halal.

Les conditions de vie ne sont pas du tout faciles surtout pour un étudiant qui vient juste d’arriver. Mais les étudiants s’entre aident. On se met souvent à deux pour louer un appartement et se partager les tâches, faire les courses ensemble et payer chacun une partie se dépanner en cas de manque d’argent...Certains ne mangent presque jamais à l’université, ils peuvent passer toute la journée sans rien manger. Car comparé à chez nous, les tickets de resto coûtent chers 3.85 euros, qui fait environ 2 500 F CFA contre 150 fcfa, ce qui fait quelques centimes ici.

Aller étudier dans un pays étranger n’est pas du tout facile, c’est vraiment une expérience intéressante d’aller voir ailleurs, mais il faut bien choisir le pays et mettre à côté des moyens financières suffisantes.

Témoignage d’Albert

Je suis jeune étudiant sénégalais arrivé en France en octobre 2009 Comme beaucoup de jeunes sénégalais et africains, j’ai toujours rêvé de poursuivre mes études en France. Étudier en France est perçu chez nous autres jeunes africains, ou du moins pour beaucoup d’entre nous comme une chance supplémentaire de réussite les conditions d’études y sont jugées plus favorables que dans nos pays Est-ce là une réalité ou une simple illusion ?

Ayant passé quatre ans (bientôt cinq) au pays de Charlemagne je me sens en mesure de répondre à une telle interrogation.
D’abord, le niveau de vie en France, on a pas besoin de le prouver, est bien meilleur que celui du Sénégal tout étudiant a besoin d’un cadre propice à sa réussite aussi bien dans son lieu d’étude que dans son lieu de résidence. La vie d’un étudiant requiert donc une certaine stabilité. Cette stabilité doit aussi concerner et même influencer son état mental.

En France, le premier défit pour un étudiant s’avère être l’intégration d’un pays différent, d’une culture différente, d’une société différente. A Perpignan ma première source d’intégration a paradoxalement été l’association des étudiants sénégalais qui a sû m’imprégner des démarches administratives mais aussi à travers des manifestations culturelles m’a beaucoup aidé à digérer le mal du pays.

A travers des tournois sportifs avec d’autres associations africaines je me suis vite senti « chez moi ». Mais au fil des mois et ayant bien pris mes marques j’ai très vite étendu mon réseau d’amis. J’ai senti la nécessité de fréquenter des amis français que j’ai pu connaître à la fac. C’est à partir de là que j’ai commencé à découvrir la France des profondeurs. Entre invitations à dîner, pic nic, randonnée mais aussi confidences, confiance, déceptions...tout y était mais dans tout ce train, l’on voit nettement une différence entre notre propre culture et celle des français.

On apprend en essayant de les retenir les bons côtés... on essaie de mettre de côté les moins bonnes, l’objectif étant la réussite dans les études...bref on essaie de mettre les atouts de son coté, on essaie de vaincre les obstacles. Parmi ces obstacles, il y’a la question du logement. Tous les étudiants étrangers ne sont pas boursiers. Après ma première année je n’étais plus bénéficiaire d’une bourse il fallait donc en dehors des heures de cours trouver de petits boulots pour se loger, se nourrir et essayer de subvenir à quelques besoins supplémentaires.

Mais les petits boulots nous permettent aussi de nous intégrer davantage et sont très formateur en ce qui concerne par exemple les rapports humains et professionnelles. À cet effet je noterai l’importance de nouer de bonnes relations humaines basées sur la confiance (j’ai déposé pas mal de cv mais c’est le plus souvent des amis qui m’appellent pour me trouver tel ou tel ptit boulot).

Néanmoins, il y a des choses dont un jeune Sénégalais comme moi ne s’habituerons jamais. Mon thiébou djeune quotidien me manque quand sonne l’heure du déjeuner et que tous les étudiants prennent la direction du restaurant universitaire.
Mais heureusement, la cuisine française est excellente et que des amis m’en font profiter. Heureusement aussi que de temps en temps une amie Sénégalaise à bien l’amabilité de me concocter un bon plat du pays, que je fais gouter à mes bons amis français.

Malheureusement, certaines entités à travers leurs discours discriminatoire veulent éteindre ce bel échange.

Témoignage de Simon

Ben moi, personnellement j’ai pas trop galéré à mon arrivée en France, j’ai été accueilli par un ami sénégalais sympathique qui m’a énormément aidé à trouver un logement, ouvrir un compte bancaire, l’inscription et toute la paperasse.....

Je suis venu en France avec des moyens personnels et surtout grâce à l’aide de mes parents. Quand je voyage loin de la famille tu deviens un être exposé, livré à toi même et amené à prendre des décisions en sommes tu apprend à être responsable.
Le changement est évident tu te sens tout de suite loin de chez toi car tu es confronté à une autre culture. Et là tu dois t’acclimater pour pouvoir t’intégrer socialement mais aussi te conformer à un autre type d’enseignement pour nous qui sommes venu faire des études.

La solidarité entre étudiants est forte car vous traverser les mêmes épreuves dans l’école de la vie et comme le disait Cervantes les oiseaux de même plumage volent ensemble. Des liens se liens se tissent et deviennent parfois plus fort que les liens familiaux,

Paulette Imane Siga MARONE

Messages

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    Quelle belle et bonne analyse d’Aurélie, elle a tout compris et nous renvoie vers nos petits clichés.

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    Je suis étudiante française. Et dans le cadre de mes études, j’ai rencontré des étudiants sénégalais. Et j’avoue que j’ai été surprise, les gens que j’ai rencontré sont tellement loin des clichés et préjugés dans lesquels on baigne depuis notre enfance. J’ai été littéralement « choquée » par votre sagesse, votre maturité. Votre façon de voir la vie, de l’affronter. À côté, on passe très vite pour des enfants gâtés pourris qui ne veulent pas grandir. Ce qui m’a étonné c’est aussi l’ouverture d’esprit des parents de mes camarades, leur bienveillance. Ici on prend vite l’habitude d’être fermé d’esprit. Alors merci de partager avec nous des valeurs si précieuses alors que notre accueil n’est pas toujours chaleureux de prime abord.

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    Michelle St Louis Sénégal 1953-1959
    Twitter & Skype TheCitoyen

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  • sn

    C’est un très bon article.Il décrit une autre réalité différente de celle du Sénégal.L’article mérite d’être lu par tout futur étudiant sénégalais ou africain en général en Europe.

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  • us

    Pour regler le probleme , il faut privatiser et construire plus d’universites

    • fr

      La chute du niveau de l’université et de l’éducation au Sénégal n’est pas une fatalité. Il faut essayer d’y remédier en s inspirant de ce qui se fait de meilleur en Occident mais en conservant sa spécificité culturelle. Un peu comme ce que font les Asiatiques. Les Japonais sont à fond dans la modernité mais il faut un temps d’adaptation à un Occidental ne serait ce que trouver une rue dans leur pays. Il faut aussi une collaboration plus étroite des universités d’Afrique noir pour mutualiser leur compétence et peser par rapport aux autres universités.

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