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Objectif zéro déchet : recycler pour construire

Construire en étant écologiquement responsable, ce n’est pas seulement utiliser des matériaux naturels et s’intégrer dans l’environnement. On peut aussi choisir d’en profiter pour recycler les matériaux non biodégradables. Exemple avec des pneus et des déchets plastiques.

Partagez cette page Publié le 26 janvier 2017 | 0 commentaire

Le Sénégal est confronté à un vrai problème de traitement des déchets. Mais grâce à une technique simple de « séquestration », ont peut réutiliser des pneus usés et des déchets plastiques, pour faire des assises, tables, pots de fleur, et plus.

Pour exemple, la devanture et le bosquet du rectorat de l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar (UCAD) ont été dotés de 300 assises, d’une quinzaine de tables et d’une dizaine d’aménagements floraux réalisés en recyclant 3000 pneus usés et 500 m3 de déchets plastiques.

Entretien

Le président de l’association 3000 Ecomen, Laurent Libre, co-fondateur de la technique Zéro déchets, a répondu à quelques questions pratiques sur cette technique d’avenir.

Pour la réalisation d’une maison de type deux chambres salon, quel est le coût et le volume de matière recyclée nécessaire estimé ?

Laurent Libre : En fait notre technique Zéro Energy a pour but d’amener des réponses hyper locales afin de coller au mieux au paysage et à l’environnement, mais aussi pour faire baisser les coûts en utilisant les ressources disponibles localement.

De ce fait les prix sont variables suivants les régions ou situations, brousses urbains par exemple. Toutefois on situe des prix allant de 50 000 FCFA à 60 000 FCFA le m2 soit environ entre 3 et 4 millions pour un salon, 2 chambres, cuisine. Suivant le choix effectué entre le recyclage et les matériaux naturels locaux, on estime entre 30 et 40 m3 de déchets recyclés divers. Le plus important est que la qualité et la pérennité sont largement supérieures à ce que l’on trouve sur le marché en proposant des murs de 50 cm d’épaisseur. L’utilisation de déchets prend ici tous son sens puisque aussi durs et longs sont-ils à éradiquer, autant cela devient des qualités en construction.

Qu’utilisez vous pour les fondations ? Utilisez vous aussi des pneus ?

Les pneus sont idéals pour les fondations. Les derniers tests réalisés à IUT de Grenoble en 2012 donnaient plus de 70 tonnes de résistance pour un seul pneu. Pour une maison le recyclage de 200/300 pneus sur cette seule partie en font une base d’édifice bien plus solide que les règles de construction l’exigent, et ce sans ciment.

Cela permet de cumuler un indice de recyclage maximal et une technique 100% écologique.

Quels sont les avantages en terme d’isolation ?

Sur les fondations et sous bassement en premier, le pneu permet de stopper toute érosion et problèmes tels que les termites. Un plus pour certaines régions comme la Casamance qui ont une tradition de la construction terre/ banco qui disparaît malheureusement pour cette seule raison. Ensuite les murs de 50/60cm sont évidemment une excellente réponse en terme d’inertie du bâtiment, c’est à dire de stabilité thermique. Les déchets jouent un rôle d’alvéoles qui stoppent parfaitement la circulation de la chaleur.

Est ce que cette forme de construction vous semble se développer au Sénégal ? Les gens sont ils facilement convaincu par ce style de démarche dans les villages où vous intervenez ?

Facilement n’est pas le mot, les traditions et le manque d’apprentissage chez les maçons ne poussent pas à l’ouverture. La plupart des maçons n’ont pas fait les bancs et ont appris uniquement la construction en béton sur les chantiers. Par contre, quand un projet est initié dans une région, très rapidement les qualités de prix, de disponibilité des matériaux (le déchet est à porté de mains) et de solidité séduisent nombre d’habitants et de maçons. Nos nombreuses réalisations et interventions dans les écoles sont un excellent premier pas pour conquérir le cœur et l’âme écologique des habitants.

L’image « les déchets baissent et les maison montent » fonctionne très bien. Les femmes qui sont quotidiennement confrontées aux déchets domestiques sont les premières à mesurer l’impact positif de notre démarche, et à lancer les projets, ce dont nous sommes très heureux, car leur participation dans la construction permet d’amener un peu de développement dans le schéma traditionnel de la maison sénégalaise.

Quels sont vos dernières réalisations et projets en cours ?

Nous avons eu un gros travail pour la COP 22 à Marrakech, où nous avons collaboré avec la plus grosse association écologique du Maroc et le ministère de l’Environnement pour une caravane écologique qui a permis de ré-urbaniser sept quartiers dans sept villes avec l’aide d’associations locales formés à notre technique Zéro Energy.

Nous avons également travaillé avec l’ambassade de France et l’Alliance française en Ethiopie pour la formation de personnels de la capitale et d’ONG sur place, dans le but de développer nombre de projets locaux.

Au Sénégal, les gens que nous avons formés initient beaucoup de projets divers comme les aménagements au rectorat de Dakar, des places publiques à Ndandé, un parcours gymnique à l’école franco-sénégalaise de Fann, un centre d’accueil à Saint-Louis... D’autres projets sont prévus avec la ville de Dakar.

En savoir plus

Construire en matériaux recyclés

Divers autres matériaux peuvent être recyclés dans le domaine de la construction : les containers, que l’on peut croiser parfois au Sénégal, qui demandent à être très bien isolés si on veut en faire une habitation, mais servent facilement de boutique par exemple.

Avec des bouteilles de verre, il est possible de faire une serre ou de les intégrer dans des constructions pour faire passer la lumière en créant un effet esthétique surprenant. Pour l’isolation, on peut recycler des tissus en les mélangeant à des matières premières d’origine végétale, comme la paille par exemple. Voilà une bonne idée pour recycler les chutes de tissus des couturier, avant qu’elles ne finissent à la mer, où les colorants qui se dissolvent au fil du temps ne rendent pas service ni à la flore ni à la faune marine.

Le must reste de recycler le pire dans nos déchets, le plastique. Il existe de multiples expériences de part le monde en la matière pour compresser, ou fondre, le plastique, en le mélangeant à d’autres matières, pour en faire des matériaux composites. Cela demande des infrastructures et des technologies spécifiques. A ce jour nous ne connaissons pas de fabricant de matériaux de construction issus du recyclage au Sénégal.

Au Niger, depuis les années 90, des chercheurs (entreprise Resada) ont eu l’idée de mélanger le plastique du sable, pour en faire une sorte de goudron. Technique qui s’est ensuite développée au Mali, ou Burkina Faso et en Inde, et qui peut aussi être utilisé pour les routes.


Voir en ligne : http://3000ecomen.com/3000ecomen-en...

Propos recueillis par Laure Malécot. Photos 3000 ECOMEN et Ecobrique.

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