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Société, reportage

Pendant le ramadan tout change et rien ne change

Si le ramadan est sensé se dérouler dans le calme et la convivialité, la vie des habitants se trouve quand même chamboulée pendant cette période. Moins de travail, moins de pourboires, tout est au ralenti, les nerfs sont à vifs. Bref, c’est 30 jours pendant lesquels les aiguilles de la montre tourne dans l’autre sens ou presque.

Partagez cette page Publié le 21 juin 2017 | 0 commentaire

Boutiques de proximité

« Ça ne marche pas déplore Ibou. Même les produits cosmétiques, les femmes n’achètent pas ». Propriétaire d’une boutique qui pour l’essentiel fait dans l’alimentation, le ramadan équivaut pour lui à une morte saison.

Pourtant située à un emplacement passant, aux pieds d’un immeuble et entre deux écoles, son échoppe est bien placée. « Les élèves n’achètent pas le petit déjeuner  » ni les petites choses telles que les barres chocolatées, friandises, jus, qui faisaient gonfler son chiffre d’affaires. Faisant lui-même le ramadan, il estime que sa clientèle a migré vers d’autres check point « Les gens font leur courses au marché ». Le réflexe du marché plutôt que de la boutique de proximité serait un fait relevé durant le ramadan car [les gens] font tous leur achats en même temps « salade, tomates, viande… tout ça » et complètent ce qui leur manque dans les boutiques du marché ou celles jouxtant celui-ci afin d’éviter les « va et vient » et son corollaire : « la fatigue ».

Humeur :

« Ventre creux n’a pas d’oreille » dit l’adage. « Ventre creux, humeur chagrin » pourrait-on rajouter. « Les gens sont très nerveux » selon P., Congolais et depuis peu au Sénégal. P. ne jeûne pas et entend manger son « hamburger complet avec beaucoup de légumes là dedans  » « en plein jour » et sans se cacher. La scène se passe dans la banlieue dakaroise. « Comme je ne suis pas un hypocrite et que j’aime la liberté d’expression quand même, je mangeais mon hamburger tranquillement … avec ma bouteille de bière en attendant le car… un homme énervé m’a dit d’arrêter… ooooh je manque de respect aux gens… » faisant le ramadan s’entend.

Des badauds présents, nul «  n’était de mon coté » bien au contraire, un attroupement s’est vite formé. N’en menant pas large, P. avait «  une grande peur dans son cœur  ». Un autre homme lui a fermement conseillé « de faire le ramadan par solidarité… et de ne pas boire d’alcool dans la rue » tandis que les autres « parlaient fort entre eux » ou lui parlaient ; mais, ne comprenant pas le ouolof et n’ayant plus les idées claires, P. ne « sait plus vraiment ». De guerre lasse, il s’est éloigné à grands pas et a sauté dans le premier taxi venu afin de finir en paix son burger « complet avec beaucoup de légumes là dedans » et le restant de sa bouteille de Flag.

Fast-food

Si l’on se fie à D., livreur de fast food, les clients ne « commandent que le soir  ». Entendez juste avant la coupure et après le jeûne et « pas beaucoup ». N’ayant comme salaire que la somme des 500 et 1000 CFA qui lui reviennent à chaque livraison, ce mois sera pour lui maigre en billets « je sais que je ne vais pas beaucoup gagner mais c’est pas grave » dit-il philosophe. Pourtant D. note une augmentation des personnes qui mangent même pendant le ramadan mais ils ne sont pas suffisamment nombreux pour augmenter de façon significative son constat initial « c’est quelques [uns] seulement  ».

Casino

Aucun impact sur l’affluence des joueurs des tables de blackjack, poker, bandits manchots etc, qui s’y rendent le week-end. A la table de poker ce vendredi, une clientèle cosmopolite composée de Marocains, Indiens, Mauritaniens, Français, Libanais, Chinois. Les mises sont du même ordre que les autres jours. Les pertes, les gains, l’enthousiasme et les déceptions aussi. Quoique les personnes présentes soient de diverses obédiences religieuses : hindous, chrétiens etc, les musulmans sont majoritaires.

Bureaux

On note « plus d’absentéisme surtout chez les fonctionnaires » déplore O. qui désire garder l’anonymat. Lui-même est un fonctionnaire qui aime son travail. « Même quand les gens sont présents, ils font le minimum ». Dans ce cadre, appeler pour demander à parler à un responsable relève de la gageure : un jeu de piste pour lequel une grande dose de patience est requise. L’on vous demandera de rappeler dans 10 mn. Vous rappelez 10 mn plus tard, la personne est en communication, vueillez rappeler demain.

Vous rappelez le lendemain, ledit responsable «  était là tout à l’heure mais il vient de sortir, rappelez l’après midi à partir de 15 heures  ». Vous rappelez l’après-midi, la personne que vous pistez est là, mais en communication. On vous met en attente puis la communication coupe d’elle-même. Mauvaise manipulation ou acte délibéré ? Vous rappelez pour demander les origines de cette coupure de communication, l’on vous dit «  aaaah, laissez votre numéro  » il ou elle vous rappellera. 2 ou 3 jours plus tard, il ou elle ne vous a toujours pas rappelé. Et si c’est vous qui les rappelez, cela est vu comme un harcèlement.

Toute contrainte et dans ce cas de figure précis, la contrainte du jeûne peut provoquer de l’irritabilité chez ceux qui y souscrivent mais qui passent à coté de la portée introspective et spirituelle propres à l’exercice. Un des combats des jeûneurs est bien de ne pas succomber aux pulsions auxquelles le phénomène du ventre vide peut induire. A ceux ne jeûnant pas, il importe de prendre ces considérations en compte.

Irène Idrisse / Photo : jeuneafrique.com

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