Menu

Accueil / Actualités / Routes, accidents, code de la route, et nouvelle prévention routière

Entretiens et portraits / Société, reportage / Transport

Routes, accidents, code de la route, et nouvelle prévention routière

Le parc automobile augmente au Sénégal et les accidents de la route aussi. Principal mis en cause : le non respect du code de la route, que d’aucuns assimilent à une entrave de leur liberté de rouler « comme ils veulent ». Et lorsqu’un accident survient « c’est Dieu qui l’a voulu » entend-on souvent. Dans un tel contexte, éduquer les populations au respect dudit code est un combat de longue haleine. De la géographie sociale à la prévention routière, éclaircissements avec Mactar Faye, Directeur Exécutif de la Nouvelle Prévention Routière du Sénégal : un homme au fait des faits.

Partagez cette page Publié le 2 janvier 2018 | 0 commentaire

Pouvez-vous vous présenter ?

Docteur Mactar Faye, Expert en sécurité routière et prévention des risques, Directeur Exécutif de la Nouvelle Prévention Routière du Sénégal.

Vous êtes géographe, comment en êtes vous venu à être Directeur Exécutif de la Prévention Routière ?

J’ai commencé par la géographie. Après la soutenance de mon doctorat en géographie sociale, je suis rentré au Sénégal où il y avait un besoin pressant en matière de lutte contre les accidents de la route. C’est ainsi que je me suis rapproché de la Fédération Sénégalaise des Sociétés d’assurances (FSSA) pour lui apporter mon concours dans ce domaine avec le peu d’enseignements que j’avais acquis lors de la préparation de mon diplôme d’études approfondies en sciences de la ville. De 2001 à 2002, j’ai été donc chargé par la FSSA pour étudier et mettre en place un nouvel organisme qui devrait s’occuper de la prévention des accidents de la route. Les études ont abouti à la création d’une association dénommée Nouvelle Prévention Routière le 30 avril 2002. Cette dite association sera installée officiellement le 09 mai 2002 par Mme le premier Ministre d’alors, Mame Madior Boye. Depuis cette date, je mène le combat avec le soutien de nombreuses bonnes volontés soucieuses de la sécurité des usagers de la route. J’ai renforcé ma spécialisation en préparant deux diplômes supérieurs en sécurité routière et prévention des risques et un Master 2 pro en psychologie de la sécurité routière.

« Nombreux sont aujourd’hui des conducteurs qui sont au volant de leur véhicule, mais qui ne méritent pas leur permis »

Au Sénégal, la route tue et de plus en plus. Votre lecture de ce fait ?

La route tue parce que nos autorités refusent de voir la réalité en face. Nombreux sont aujourd’hui des conducteurs qui sont au volant de leur véhicule et qui ne méritent pas leur permis. Ils n’ont pas appris les règles de circulation et ne sont jamais sanctionnés à la hauteur de leurs fautes. Ils se caractérisent par une indiscipline notoire. On va même jusqu’à considérer les accidents de la circulation comme de simples faits divers. La route tue et c’est vrai parce que les actions engagées sont timides et insuffisantes.

Qu’est ce que le code de la route ?

Le code de la route est une loi. Il constitue la base de la réglementation en matière de circulation routière. C’est un instrument de travail qui permet d’agir directement sur la sécurité routière. Vous conviendrez avec moi que toute vie en société repose sur le respect des droits et des devoirs de chacun envers autrui et cela implique une nécessaire prise en compte de l’autre. Le code de la route est un document qui reprend toutes les règles de sécurité routière. Il a été créé pour garantir notre sécurité sur la voie publique et organiser la circulation routière.

Il décrit les caractéristiques des véhicules aptes à circuler sur les voies publiques, les panneaux routiers, les règles de circulation et de priorité, les règles de stationnement ainsi que les sanctions encourues en cas de violation de ces textes. Il décrit aussi les procédures nécessaires pour être autorisé à conduire ces véhicules.

Pensez-vous que les gens perçoivent ledit code comme une intrusion dans leur vie ?

C’est exactement cela. Beaucoup d’automobilistes pensent que le code de la route est un dispositif d’injonctions insupportables. Ils cherchent à négocier avec les règles de circulation ce qui est souvent à l’origine de conduites à risques répétées.

Croyez-vous la communication à ce sujet suffisante ?

Nous faisons beaucoup de com certes mais j’avoue que ce volet mérite d’être renforcé et amélioré. Et pour cela, il faut des moyens financiers importants. Malheureusement nous n’avons pas toujours ces moyens pour orienter et informer utilement les usagers sur les risques routiers. Une bonne prévention s’accompagne d’une bonne politique de communication.

« réduire les accidents de la route, l faut se débarrasser de la culture de concession et mettre en place un système d’actions incontournables »

Selon vous, quelles mesures concrètes pourraient radicalement changer la donne ?
Pour amener les conducteurs à changer de comportements et réduire les accidents de la route dans notre pays, il faut se débarrasser de la culture de concession et mettre en place un système d’actions incontournables qui s’articule autour de trois choses :
-  La formation obligatoire des candidats au permis de conduire pour comprendre et maîtriser les règles de circulation routière
-  L’organisation de campagnes de sensibilisation massives et répétées
-  L’application systématique de la sanction pour tout conducteur qui refuserait de se conformer à la règle

A ce stade, ne pensez vous pas que seul un décret présidentiel obligeant les chaines de télés et radios à diffuser des spots en rapport avec ce sujet peut à long terme impacter les comportements ?

Les campagnes de sensibilisation visent à inviter les conducteurs à se rappeler la règle et à adopter des comportements responsables au volant de leur véhicule. Les chaines de télévision et les radios constituent d’excellents canaux pour véhiculer les messages de prévention. Seulement ces messages ne peuvent pas être diffusés gratuitement parce les médias ont aussi des charges à honorer. Il faudra juste trouver des accords avec leurs patrons pour obtenir des tarifs préférentiels et leur faire comprendre que nous sommes tous concernés par ce fléau qui tue et qui blesse énormément.

Au vu des difficultés que vous rencontrez, des enjeux - sauver des vies - et du stress allant avec, n’avez-vous pas envie de prendre une chaire de géographie à l’université et d’y tranquillement enseigner ?

Travailler dans la sécurité routière est devenu pour moi une passion. Je vous le disais à l’entame de mon propos que c’est après mon doctorat en géographie sociale que j’avais décidé de m’investir dans le champ de la lutte contre les accidents de la route. Aujourd’hui, cette discipline est mon cœur de métier.

L’insécurité routière n’est pas irréversible. Certains pays d’Europe ont durablement infléchi les courbes en adoptant des stratégies et des plans d’action renforcés par une volonté politique affichée. Au Sénégal et en Afrique, la sécurité routière a été récemment reconnue comme prioritaire dans les programmes des gouvernements. En l’absence d’experts en la matière, ces derniers se retournent vers l’Europe pour se faire assister dans l’élaboration de stratégie globale et multidimensionnelle de la sécurité routière. Aujourd’hui, cette expertise existe et pourra être proposée à certains pays d’Afrique et aux entreprises qui veulent améliorer leur sécurité routière.

Irène Idrisse

Un message, un commentaire ?

modération a priori

Ce forum est modéré a priori : votre contribution n’apparaîtra qu’après avoir été validée par un administrateur du site.

Qui êtes-vous ?
Votre message

Ce formulaire accepte les raccourcis SPIP [->url] {{gras}} {italique} <quote> <code> et le code HTML <q> <del> <ins>. Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.

À la une

  • Comme un oiseau du Sénégal

    Comme un oiseau du Sénégal

Cherchez dans le répertoire

Top