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Histoire et patrimoine

Sidya Ndaté Yalla, une vie d’honneur et de courage pour le Brack du Walo

Dans l’histoire du Sénégal, il y a des héros qui sont célébrés et immortalisés. D’autres pourtant, malgré leur histoire passionnante, sont méconnus du grand public. Voici l’histoire et les exploits de Sidya Léon Diop, plus connu sous le nom de Sidya Ndaté Yalla, brack (roi) du Walo.

Partagez cette page Publié le 14 août 2017 | 0 commentaire

L’histoire de Sidya Ndaté Yalla Diop fait partie de ces facettes de notre mémoire qui sont restées dans l’ombre. Bien que des mémoires, thèses et articles fussent consacrés à ce héros du Walo, Sidya Ndaté Yalla reste toujours méconnu par les Sénégalais, surtout de la jeune génération. Sidya Ndaté Yalla Diop était le fils de la reine Ndaté Yalla Diop et du Béthio, c’est-à-dire le gouverneur du Walo occidental, Sakoura Diop. Il fut au même titre que Lat Dior Ngoné Latyr Diop, El Hadji Oumar Tall, Samory Touré ou Alboury Ndiaye, l’un des plus grands résistants contre la colonisation au Sénégal, plus particulièrement au Walo.

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la reine du Walo Ndatte Yalla Sénégal

Sa mère, Ndaté Yalla Mbodj, dernière grande reine du Walo

La Linguère Ndaté Yalla Mbodj (1810-1860) est la dernière grande reine du Walo, un royaume situé dans le Nord-Ouest de l’actuel Sénégal. C’est une héroïne de la résistance à la colonisation française dans l’Afrique de l’Ouest du 19ème siècle. En effet, raconte Abdou Khadre Gaye, chercheur-écrivain, président de l’Entente des mouvements et associations de développement (Emad), « à la date mémorable du mardi 7 mars 1820, lorsque les femmes de Nder choisirent le suicide collectif par le feu plutôt que la servitude, Fatim Yamar Khouriyaye Mbodj, la reine, décida de faire s’échapper ses deux filles, les princesses Ndjeumbeut Mbodj et Ndaté Yalla Mbodj, afin de perpétuer sa lignée. Les deux rescapées de Nder, marquées à jamais par la douloureuse mais très lumineuse expérience, dirigeront plus tard le royaume de main de maître ».

Ndaté Yalla a succédé, sur le trône du Walo, à sa soeur aînée Ndjeumbeut Mbodj à son décès en octobre 1846. On disait d’elle qu’elle était belle, élégante, intelligente et forte. « La dernière souveraine du Walo dirigea le Royaume d’une main de fer, refusant toujours l’hégémonie des Français qu’elle ne cessera de défier fièrement durant tout son règne. Car, pensait elle, ce pays était à elle seule », raconte M. Gaye. Ainsi, elle mena contre eux et contre les Maures plusieurs batailles.

En 1847, elle réclama un droit de passage des bergers Soninkés qui ravitaillaient l’île de Saint-Louis en bétail. Dans une lettre au gouverneur, elle écrit ceci : « C’est nous qui garantissons le passage des troupeaux dans notre pays. Pour cette raison, nous en prenons le dixième et nous n’accepterons jamais autre chose que cela ». Sur ce, le président de l’Emad souligne que « Ndaté Yalla n’hésita pas à diriger des assauts contre Saint-Louis et à menacer le gouverneur français. Ainsi, finit-elle par faire prévaloir ses droits sur l’île de Mboyo et l’île de Sor que Faidherbe voulut annexer ». Le 5 novembre 1850, elle interdit même tout commerce dans les marigots de sa dépendance qui en constituaient les escales. Ce qui poussa les Français à bout. Mais, comme on le sait, le projet d’annexion du Sénégal avait fini de mûrir.

Faidherbe le lança, en février 1855, à la bataille de Diouboulou, contre les troupes de la reine Ndaté Yalla qui, au plus fort des combats, ainsi harangua ses troupes : « Aujourd’hui, nous sommes envahis par les conquérants. Notre armée est en déroute. Les guerriers du Walo, si vaillants soient-ils, sont presque tous tombés sous les balles de l’ennemi. L’envahisseur est plus fort que nous, je le sais, mais devrions-nous abandonner le Walo aux mains des étrangers ? ». « Non ! », lui répondirent ses troupes.

Hélas, ils furent vaincus par la puissance technologique de l’ennemi. La capitale Nder, ajoute notre chercheur, fut prise et brûlée ainsi que plus de 40 villages, dont Ndombo et Mbilor. Plus de 100 résistants furent tués et près de 150 faits prisonniers. La Reine et ses partisans s’exileront à Ndimb à la frontière du Walo avec le Ndiambour. De retour d’exil, elle mourut, en 1860, à Dagana où elle fut enterrée. « Cet épisode marqua le début de la colonisation du Sénégal et de l’Afrique », annonce Abdou Khadre Gaye.

Sidya hérita du caractère opiniâtre de sa mère

Quelque temps après sa victoire sur Ndaté Yalla, Faidherbe s’empara de son fils, le prince Tedieck Sidya, qui n’avait que dix ans. « Il l’emmena de force avec lui à Saint-Louis pour le faire scolariser à l’école des Otages des fils de chefs, et ainsi faire de lui un agent du colonisateur, comme cela était de coutume à l’époque », signale M. Gaye avant d’ajouter que, « parrainé par Faidherbe lui-même, l’enfant, major de sa promotion, fut baptisé Léon et envoyé, par la suite, en 1861, au Lycée Impérial d’Alger ».

De retour à Saint- Louis, en 1863, Baptisé Léon, Faidherbe l’inscrivit à l’école des Frères. Bon élève, il fut remarqué grâce à sa grande intelligence et son habilité dans les arts militaires et fut, plus tard, nommé sous-lieutenant. Né en 1848 à Nder, deux après l’accès au trône de sa mère en 1846, à la mort de Ndjeumbeut Mbodj, Sidya, à l’âge de dix ans, devenait l’héritier du trône au Walo. Trop jeune pour régner, il fut écarté par les Français, et c’est le Loggar Fara Penda Madiaw Khor Diaw qui sera installé comme Brak (Roi du Walo).

Les partisans pour le règne du jeune Sidya entamèrent alors une lutte acharnée contre la décision des Français. Ces derniers, entre 1858 et 1859, date à laquelle le Walo fut entièrement conquis, entamèrent une grande répression. Plusieurs villages sont incendiés et plusieurs chefs locaux et résistants qui menaient la guérilla, tels que Youga Faly ou Birane Gaye, seront tués ou envoyés en exil au Gabon. Les villages de l’île de Dialang (ou Dialagne) furent brûlés, comme l’atteste la Revue maritime de l’Afrique occidentale française (Aof).

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villagte du Cayor sous la colonisation Sénégal

Un peu plus tard, tandis que le cousin de Sidya Diop, Ndiack Coumba Mbodj, a été désigné chef de canton de Nder par les colons dans le but de calmer les révoltes des partisans de Sidya Diop, celui-ci sera donc envoyé à Saint- Louis. Faidherbe le rebaptisa Sidya Léon Diop. Ce dernier, souligne le président de l’Emad, n’avait que 17 ans lorsque la colonie française, considérant son assimilation achevée, lui confia le commandement du canton de Nder. Mais, une fois installé comme chef de canton, Sidya, à qui Ndaté Yalla avait inculqué le patriotisme et la fierté de sa race dès son plus jeune âge, constata les souffrances et les brimades de son peuple et se rendit compte que Faidherbe ne l’avait mis à l’école française que dans le but de tuer en lui toute volonté de résistance contre les colons et à faire de lui le bourreau de ces frères.

Sidya Ndaté Yalla rebaptisé par Faidherbe Sidya Léon Diop

Toutefois, raconte ce chercheur-écrivain, confirmé dans les travaux de recherches de Mamadou Gaye dans son mémoire qui avait pour sujet « Sidya Joop (1848-1878) : l’itinéraire du brak virtuel du Walo », « cette prise de conscience le révolta. Et, dès lors, il refusa d’appliquer les impôts injustes, essaya d’introduire de nouvelles spéculations agricoles et organisa une campagne de scolarisation en masse dans tout le Walo ». Mais, l’événement qui le rangea définitivement du côté des siens, fut qu’un jour, tous les princes du Walo se réunirent pour une cérémonie royale à Mbilor. Sidya, à l’instar de tous les princes, s’y rendit, tout naturellement.

Mais le griot   préposé à la cérémonie refusa tout bonnement de chanter les louanges d’un certain « Léon » qui, selon lui, avait trahi les siens, s’habillait comme un « toubab » (Blanc), et s’était complètement assimilé à la culture du colonisateur, dont il n’était plus qu’un pauvre serviteur. Cet événement choqua le jeune prince et réveilla pour toujours Sidya Diop Ndaté Yalla, l’héritier des princesses de Nder. « Il se rendit alors à la rivière Taouey où les »Brack" (roi du Walo) prenaient leur bain royal, avant l’investiture. Il s’y baigna, se fit tresser les cheveux à la manière de ses pères, enfila ses gris-gris et ses armes et jura de renoncer à jamais à travailler pour l’administration coloniale, à parler la langue française, à porter les vêtements français, etc.

Après cela, il fut célébré par son peuple en liesse et reconnu par tous les « Walo- Walo » (habitants du Walo) comme leur ‘Brack’« , indique le président de l’Emad. Poursuivant son récit, il ajoute : »Il organisa par la suite une grande insurrection, combattit les colons et réussit à récupérer les provinces annexées du Walo, à l’exception des postes militaires de Richard-Toll, Dagana et Lampsar où avaient trouvé refuge tous les autres chefs de cantons alliés aux autorités coloniales. Les colons finirent par l’accepter, malgré eux, comme l’unique chef du Walo. Mais l’alliance ne dura pas"

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statue de la reine Ndatte Yalla, dagana, Sénégal

Rupture Avec Faidherbe et les Français : Sidya Diop Ndaté Yalla part à la reconquête du Walo

Après plusieurs années sous les directives de Faidherbe, Sidya Léon Diop, qui a fait une prise de conscience, se réveilla enfin. Dès lors, il se rebella contre Faidherbe et les Français afin de réparer le tort commis comme le digne héritier de « Nder » qu’il est.

Sidya Diop Ndaté Yalla Diop, « le jeune rebelle », qui était désormais à la tête d’une puissante armée, toujours à l’écoute des aspirations profondes de son peuple, rompit de nouveau avec le colonisateur. Mais les Français ne baissèrent pas les armes. Le gouverneur Valère trouva en Yamar Mbodji, de la famille royale Dioos, un fidèle allié. Ils mirent en place une coalition, fomentèrent des complots. Sidya fut finalement destitué par les forces coalisées, en 1875.

Il trouva refuge en Mauritanie auprès de son cousin Ely Ndjeumbeut, roi du Trarza, fils de sa tante, la reine Ndjeumbeut Mbodji. Dans le Walo, raconte les historiens dans leurs travaux de recherche, que cela soit Moussa Guèye dans « les forts du Walo dans la première moitié du 19ème siècle » ou Mamadou Gaye dans « Sidya Joop (1848-1878) : l’itinéraire du brak virtuel du Walo » ou encore El Hadji Amadou Sèye dans « Walo Brack » publié aux éditions Maguilen en 2003, « Sidya, à partir de la rive droite du fleuve mena plusieurs incursions sur la terre de ses ancêtres qui lui permirent de réoccuper les cantons de Nder et de Foss situés sur les rives du lac de Guiers ».

Afin d’affaiblir son souteneur du Trarza, le gouverneur Valère arma des princes maures contre Ely Ndjeumbeut, les incitant aux pillages et aux razzias contre les populations. Devant la forte résistance populaire, l’administration coloniale dépêcha alors une puissante colonne expéditionnaire, le 20 novembre 1875, qui, pendant un mois, sema la terreur dans tout le Walo, rive droite comme rive gauche, par une politique systématique de confiscation et de destruction de biens et de liquidation physique des opposants. Ainsi, tous les villages des cantons de Nder et de Foss furent incendiés.

La trahison de Lat Dior

Du Trarza, désormais affaibli, Sidya, qui rêvait de la constitution d’un front de libération nationale, envoya des lettres à Alboury Ndiaye, roi du Djolof, et Lat Dior Ngoné Latyr Diop, roi du Cayor, en juin et juillet 1875. Mais, souligne Abdou Khadre Gaye, chercheur-écrivain, président de l’Entente des mouvements et associations de développement (Emad), malheureusement pour lui, Lat Dior était, entre temps, redevenu l’allié des Français, en particulier du colonel Brière de l’Isle. Ensemble, ils organisèrent sa capture. Ainsi donc, Lat Dior répondit-il à l’appel de Sidya Diop, et lui envoya des troupes à Banghoye, mais il s’agissait en réalité d’un guet-apens. Sidya Diop s’y rendit donc, en toute confiance, avec son état-major. Une fois sur place, les troupes envoyées par Lat Dior tuèrent 12 de ses officiers, le capturèrent et l’emmenèrent à Saint-Louis pour le livrer au gouverneur Valère. C’était le 21 décembre 1876.

Cette violation, par le roi du Cayor, des traditions séculaires du respect de la parole donnée, de l’hospitalité et du droit d’asile, si chères au peuple wolof, était une première en terre sénégambienne. Voici ce qu’écrivit, à juste titre, le gouverneur Valère, dans sa correspondance, en date du 20 janvier 1876, adressée au ministre des colonies : « C’est la première fois qu’on voit au Sénégal, un souverain en livrer volontairement un autre sur ordre du gouverneur. Ce fait prouve l’importance que nous avons acquise sur les populations noires, en particulier sur les Wolof. Je dois ajouter qu’un grand nombre d’habitants ont été étonnés et mécontents de la conduite de Lat Dior et que celui-ci s’est fait des ennemis, s’est trouvé en butte aux réclamations et aux reproches de plusieurs de ses sujets ».

Exilé, Sidya se tira une balle en plein cœur

Sidya sera donc jugé par un tribunal colonial, le 17 janvier 1877. En février, il sera déporté au Gabon, sur une île, Nengué Nengué, en pleine forêt équatoriale. Il était âgé de seulement 28 ans. Là-bas, Sidya, qui jouissait d’un charisme exceptionnel, gagna la sympathie des officiers colons, qui décidèrent de le ramener au Sénégal, sous prétexte de folie. Il embarqua dans un bateau pour Dakar, mais une fois arrivé à destination, le gouverneur Brière de l’Isle refusa son retour au pays natal et exigea son renvoi immédiat au Gabon. Là-bas, en digne héritier des princesses de Nder, Sidya Diop Ndaté Yalla, se tira une balle en plein coeur, le soir du 26 juin 1878. Il était alors âgé de 30 ans. Lat Dior regrettera vivement son acte. Et, comme pour se racheter, enfourcha le coursier de l’honneur et fut l’un des plus grands résistants au colonisateur.

Eva Rassoul avec lepopulaire/ Photo : xibar.net et wikipedia

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