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Interview exclusive Malëyka+ : Mame Diarra Fall prend le micro

Nouveau-né de la musique sénégalaise (le lancement officiel du groupe à eu lieu le 26 novembre à la Maison de la Culture Douta Seck), le groupe Malëyka+ monte sagement en puissance sur une scène musicale souvent dominée par le Mbalax. Leur originalité tient surtout à leur façon d’approcher la musique et à leur chanteuse. C’est pour cela qu’il était impossible d’ignorer le message et l’assise philosophique d’une personne comme Kae Amo, alias Mame Diarra Fall. La leader du groupe Maleyka+, qui, contrairement à ce que son nom de scène pourrait indiquer, est d’origine japonaise, mais son cœur est bel et bien africain. C’est au cours de cette interview exclusive que nous avons eu l’occasion de gratter un peu la surface sur sa vision du monde, son intérêt pour les autres cultures, son rêve pour Malëyka et son avenir en Afrique. Une vision unique pour une interview unique.

Partagez cette page Publié le 29 novembre 2006 | 0 commentaire

Tout d’abord, dites-nous quel est votre groupe et/ou musicien préféré ?

Je dirais Ismaël Lo. C’est d’ailleurs le premier musicien sénégalais que j’ai vu en concert au Japon, et ce qui m’a vraiment frappé c’est sa présence sur scène et sa musique. L’atmosphère du concert, avec les danseurs, était vraiment excellente. C’est lui qui m’a vraiment ouvert la porte sur l’Afrique et sa musique. Un instrumentiste que j’apprécie également beaucoup est Doudou Ndiaye Rose. J’ai participé à ses stages de percussion au Japon. D’ailleurs il est prévu qu’un concert soit prévu avec lui et des percussionnistes japonais joueurs de Taiko –tambour traditionnel japonais – ici à Dakar ( le 6 décembre au Théâtre Daniel Sorano-ndlr). Un groupe que je respecte aussi énormément ce sont « Les Nubians ». Leurs textes et leur musique m’inspirent beaucoup. Leur message est vraiment universel et je m’identifie beaucoup à cela.

La collaboration avec d’autres artistes intéresse-t-elle le groupe Malëyka+ ?

Oui, tout à fait. D’abord la collaboration avec des artistes instrumentistes, de façon à amener différents styles à notre musique. Nous prévoyons de collaborer avec des joueurs de Kora  , Balafon et de Tama. Ensuite, un artiste comme Gueyson nous intéresse aussi par son ouverture internationale, nous avons prévu de l’inviter bientôt pour un de nos concerts. Enfin, la collaboration avec des danseurs est très importante pour nous, étant donné le fait que je suis danseuse à la base. Le groupe « Amazones » par exemple est un groupe avec qui nous prévoyons certains échanges. L’échange visuel, physique et sonore avec le public est quelque chose de très important pour nous.

On sent un côté trés spirituel dans votre groupe, que ce soit dans le choix de vos textes ou de vos discussions. D’où vient-il ?

La spiritualité m’intéresse beaucoup, celle qui anime les différentes sociétés et les relations entre leurs gens. Au Japon par exemple, malgré notre modernité, nous conservons une forte identité spirituelle et philosophique. J’aime découvrir celle qui anime chaque peuple. C’est pour cela que j’adore voyager, mais pas en tant que touriste, mais surtout en essayant d’entrer en contact avec les gens, car c’est la communication avec les gens qui rend la compréhension de l’autre et de son contexte possible. L’échange peut être pris à n’importe quel niveau, même lorsqu’on négocie le prix d’un car rapide par exemple. Lors de mon séjour en Inde, j’ai visité des temples et j’ai vécu dans un petit village, en passant du temps avec les gens et en posant beaucoup de questions. J’ai étudié des aspects de la culture indienne et surtout la religion hindoue. C’est cette communication et ces échanges en général qui m’inspirent dans la création de mes textes et de ma musique.

Donc ce goût pour la communication avec les cultures, il est arrivé comment ?

Il est inné. J’ai toujours été intéressé par l’autre, et surtout ses différences, car dans la différence de chacun il y a toujours quelque chose à prendre. Mais en même temps nous avons tous tellement de points communs. C’est un métissage constant qui m’aide dans ma vie de tous les jours. C’est comme de nouvelles couleurs que je rajouterais à mes habits et qui m’aideraient dans mon enrichissement personnel et la compréhension d’autrui. Je porte ces différences avec moi. Il ne faut pas avoir peur de ce métissage là. Vous voyez par exemple, j’ai ma base japonaise, ma culture, et quand je voyage ou quand je vis dans d’autres endroits je ne tombe pas dans le piège de l’assimilation. L’intégration, oui, à travers l’apprentissage de différentes langues, d’us et coutumes, mais sans toutefois m’aliéner. Je pense que pour tout un chacun cet équilibre est primordial, sinon on court le risque d’une confusion identitaire. Quelqu’un a chanté « on n’oublie jamais mais on vit avec ». Tous les chemins que tu as emprunté, toutes les personnes que tu as rencontré, tu prends ces expériences et tu avances avec.

La vision que le monde est un « petit village » est quelque chose qui vous tient particulièrement à cœur. Veuillez nous expliquez un peu plus s’il vous plaît.

Avant Galilée, les gens croyaient que le monde était plat. Et puis la science, les moyens de communication et la circulation d’informations nous ont amené aujourd’hui à reconsidérer la planète d’une autre manière. Tout d’un coup la planète s ‘est rétrécie. La mondialisation est un phénomène qui nous atteint, même dans la vie de tous les jours, qu’on le veuille ou non. Par exemple, un sénégalais qui se lève le matin et allume sa radio se retrouve entrain d’écouter de la musique américaine, boit son café colombien, s’habille avec sa chemise faite en Italie et sa veste fabriquée en Espagne, se rend au travail dans sa voiture de marque japonaise. Sans s’en rendre compte, il a déjà fait le tour du monde (rires). Dans ce monde on a de plus en plus de gens qui émigrent et vont s’installer hors de chez eux. La télévision, dans une certaine mesure, éduque sur ce qui se passe ailleurs. Donc on ne peut se réclamer être un citoyen pur et dur d’un pays. Il y a des sénégalais qui parlent Wolof et d’autres pas par exemple. D’autres qui sont nés aux Etats-Unis. On peut vivre dans un endroit mais on sera toujours influencé par d’autres cultures. Il y a un mélange matériel, culturel et social qu’on ne peut pas éviter. Mais ce qui me fait peur c’est l’image soit disant « perfectionniste » que la mondialisation veut des fois donner. Des critères de richesse, de beauté, d’architecture qui sont matérialistes et qui trop souvent ne sont pas en adéquation avec la réalité des gens. Dans certains villages où j’ai été, j’ai vu des gens vivre avec la modernité, mais d’une façon bien plus saine que celle que l’on peut observer dans certaines grandes villes. On veut croire que les symboles de réussite ultimes sont des symboles matériels, tels qu’avoir des voitures ou des maisons à 4 étages. Parfois je me dis qu’il fait mieux vivre dans un village que dans un gratte-ciel, parce qu’au moins on communique avec ses voisins. Il faut savoir s’adapter. Aujourd’hui je peux travailler dans mon gratte-ciel avec mon ordinateur, demain je peux cultiver l’arachide à côté de Touba. Il faut savoir vivre partout. C’est un état d’esprit. C’est pour cela qu’avec Maleyka, j’essaye de créer une musique qui puisse communiquer avec des gens de n’importe quelle couche sociale. L’essentiel c’est le dialogue entre ces gens. Parce qu’on a beau vivre dans le même espace, il arrive souvent qu’on ne se connaisse pas assez. Et il est important de communiquer, car nous partageons ce même espace. Ma musique c’est celle qui malgré nos différences et les barrières pourra nous aider à communiquer, se connaître et dialoguer.

Qu’est ce que vos amis et votre famille pensent-ils de votre projet Malëyka+ ?

J’ai envoyé des CD issus des quelques maquettes que nous avons produites, avec certaines paroles de mes chansons traduites en japonais pour que les gens comprennent notre message. Et ils ont beaucoup apprécié ! Mais même s’ils ne comprennent pas tout, le rythme et l’émotion font passer le message. Mais il est vrai que quelque fois je ressens leur inquiétude, surtout dû au fait que cela fait 2 ans que je vis ici. J’aimerais vraiment pouvoir les inviter au Sénégal, pour qu’ils voient mon environnement, et qu’ils puissent se faire une autre idée de l’Afrique. Mais il est évident que l’avis des mes proches et de mes amis est important pour moi, surtout par rapport à ma musique. Savoir qu’ils me supportent dans ce que je fais m’apporte beaucoup spirituellement.

Ne pensez-vous pas que cette diversité musicale soit difficile à canaliser ? Est-ce que chacun de vos morceaux est un style de musique différent, ou est-ce qu’il y a un « style » Maleyka ?

Chacun de nos morceaux a une influence musicale différente, il y a du reggae, de la salsa, du jazz ou du Mbalax. Mais en même temps ce n’est pas une copie conforme de chaque style. Par exemple si l’on joue du reggae, on le mélange avec de la Kora par exemple, et ce mélange là donne un ton particulier au morceau. On peut jouer du Mbalax mais avec des instruments qui ne sont pas traditionnellement utilisés dans ce style-là vous voyez. Notre style de musique est un mélange de genres mais avec une touche complètement originale qui rend ce style unique celui de Maleyka. Que ce soit par la voix, la chanson et les instruments, tout cet ensemble là fait que notre style est vraiment unique.

Expliquez-nous votre intérêt pour certains textes anciens ?

On a décidé de faire des recherches sur des poésies anciennes et des textes anciens, religieux ou pas. Par exemple sur Serigne Mousaka, et Senghor pour le Sénégal. Egalement Kocc Barma, mais aussi des poètes japonais tels que Kenji Miyazawa qui reste l’un de mes poètes préférés. C’est mon père qui m’a donné ce goût pour la poésie. Il est professeur de littérature à l’université mais sa vraie passion c’est la poésie et depuis toute petite c’est une passion qu’il m’a transmise. Donc à partir de cela je me suis intéressé aux poésies de la culture Wolof mais aussi aux contes, proverbes qui abordent des thèmes aussi différents que la femme, la vieillesse, les enfants. Le fait que la culture en Afrique soit plus orale, cela rend la communication encore plus intéressante. On apprend des dictons, tels que « tu regardes, tu écoutes mais tu te tais » (proverbe mandingue) par exemple. Il y a également à part les musiciens de notre groupe des professeurs de Wolof, des chercheurs de proverbe qui nous aident dans à trouver des paroles, surtout quand des problèmes de traduction se posent. Mais je fais toujours attention à garder le sens original du texte que je traduis, c’est très important. J’essaye également de traduire des poésies du Japonais au Wolof, et ce qui est intéressant c’est que l’on trouve souvent des termes qui rendent exactement le sens du texte. Et souvent l’on se rend compte que les thèmes abordés dans ces textes anciens, sénégalais ou pas, sont très d’actualité.

Y’a t-il des morceaux qui vous marquent plus que les autres ?

En réalité tous les morceaux ont une valeur émotionnelle et sentimentale à mes yeux. Un morceau qui a une valeur sentimentale très spéciale est « Diammano-Bi », car il aborde le sujet du temps qui part mais qui ne revient pas. J’ai composé ce morceau après que grand-mère soit partie et cette chanson est venue des émotions que j’ai éprouvées durant ces moments-là. Enfin « Xalé Munyal » est venu d’un séjour où j’ai vécu avec beaucoup d’enfants. Ils m’ont vraiment ouvert les yeux sur la réalité. Tout d’un coup je me suis rendu compte que les adultes étaient en fait comme des enfants, on t’appelle tu viens, on te fait du mal tu pleures, et surtout tu n’oublies pas. C’est pour cela que les enfants sont extrêmement importants dans la société.

Votre nourriture préférée ?

Sans hésiter les plats africains et sénégalais. Je prépare un excellent Yassa poisson au fait (rires). Sinon bien évidemment j’aime bien les sushi avec sukiyaki. Cuisine chinoise aussi. A Yokohama on a le plus grand Chinatown du Japon. Mais honnêtement pour moi les plats sénégalais restent les meilleurs.

A quand un concert à Yokohama ?

Un de mes rêves, c’est évident. Faire un concert dans ma ville natale avec Maleyka serait vraiment l’aboutissement de beaucoup de choses, surtout le fait de montrer notre musique, notre style et l’Afrique.

Comptez-vous visiter d’autres pays africains ?

Le Mali avec sa musique et sa culture mandingue m’intéressent énormément. J’aimerais y pouvoir passer un certain temps. J’étais en Gambie mais pas assez longtemps. La Mauritanie aussi, surtout l’aspect musical arabe qui est très intéressant. J’aimerais pouvoir apprendre à parler l’arabe.

Un album pour bientôt ?

Vu que les musiciens ont changé par rapport au début, on a maintenant 15 morceaux qu’on a travaillé à merveille et qu’on joue en concert et qu’on enregistre sur des maquettes. On les enregistre au fur et à mesure. Je compose constamment ! Une de nos chansons « Hélo Hélo » est déjà un clip qui passe à la télé, donc on avance assez vite et c’est bien.

Combien de temps comptes-tu rester en Afrique ?

Je compte passer le reste de ma vie en Afrique, Inshallah ! Je vais rester en Afrique (elle le crie, rires) ! L’Afrique c’est ma terre, je ne sais pas comment ça s’est fait, sûrement Dieu qui a tracé cette route pour moi.

Rêve pour Maleyka ?

Mon rêve c’est que la musique de Maleyka puisse changer ta vie. Que si quelqu’un l’écoute, notre musique puisse changer quelque chose. Parce que la musique c’est la puissance. C’est comme la musique d’Ismaël Lô, la première fois que je l’ai écoutée au Japon elle m’a changé la vie, m’a ouvert sur l’Afrique et maintenant je suis ici. Les paroles d’une musique peuvent changer une vie, et c’est ce que j’espère avec Maleyka. C’est vrai que c’est intéressant de développer le groupe, faire des projets et des concerts, mais au fond de moi ce que je veux vraiment c’est faire une différence. On est des révolutionnaires. J’estime qu’avec les différents problèmes qu’a notre société, on se doit de changer « gravement » quelque chose. Au niveau des idées surtout, dans un esprit positif. Je veux que la planète puisse écouter notre message. Voilà mon rêve pour Maleyka, et j’espère que cela va se faire, Inshallah.

Jaime Ibrahim Mayaki

Photos : Maya

Contact : http://www.maleyka.populus.ch - maleykaplus yahoo.fr

Manager : Ibrahima "Gaucher" - wassod hotmail.com

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