Tiken Jah Fakoly : une voix engagée pour l’Afrique

Nouvelle figure emblématique de la scène reggae du continent sur les pas du « grand frère » Alpha Blondy , Tiken Jah (Doumbia Moussa Fakoly de son vrai nom) à travers un engagement sans faille s’applique à éveiller les consciences dans une Afrique gangrenée par des exactions de tous genres. Interview.

Publié le 17 décembre 2005  

Comment partages-tu ton précieux temps entre l’Afrique et l’Europe ?

T. J. F. : C’est vrai que depuis 3 ans j’ai passé plus de temps en Europe ( France , Belgique , Hollande) en Afrique aussi, mais il faut dire que c’était pour le développement de ma carrière… d’ailleurs j’ai eu 2 disques d’or pour mes albums « France Afrique » et « coup de gueule » déjà en 2002 j’ai été couronné aux « victoires de la musique » en France et il faut préciser que je suis le premier Africain récompensé dans cette compétition.

As tu l’impression que les gens aujourd’hui comprennent ton combat ?

T. J. F. : Si j’en juge par le public qui répond à mes sorties ; les messages d’encouragement , de soutien que je reçois on peut le croire.

On te voit dans les mouvements alter mondialistes ou des mouvements comme « drop the debt » peux t-on savoir quels genres de rapports entretiens-tu ?

T. J. F. : De très bons rapports car en vérité nous menons les mêmes combats à savoir du social et je ne manque pas d’apporter mon soutien à chaque fois que le besoin se fera ressentir

Connais tu François Xavier Verschave de l’association « SURVIE » le grand pourfendeur de la France Afrique ?

T. J. F. : Oui très bien même, c’était un vrai combattant pour sortir le continent de la misère en dénonçant les réseaux France Africains. Voilà quelqu’un qui aimait vraiment le continent Africain et qui ne faisait pas semblant. Je suis d’ailleurs allé voir sa famille à Lyon pour présenter mes condoléances car au moment de sa mort j’étais encore en tournée. Avec lui j’ai co-écrit le texte de la chanson « L’Afrique doit du fric » dans l’album « Coup de gueule » pour dénoncer les milliards d’euros détournés par le biais de ces réseaux et qui enlisent chaque jour le continent. Je vais lui rendre hommage dans une de mes chansons.

Vous n’êtes pas menacé par rapport à vos prises de position ?

T. J. F. : C’est vrai que je peux représenter un danger pour certains donc je suis très prudent aujourd’hui.

Certains vous reprochent de toujours dénoncer sans proposer des solutions… Alors ?

T. J. F. : Je pense que chacun doit jouer son rôle ; j’ai la chance de pouvoir dénoncer des choses à travers ma musique ; maintenant aux politiques de faire leur boulot correctement.

Pourtant dans la pure tradition mandingue les Fakoly ne sont pas des griots …

T. J. F. : Tout à fait nous sommes des guerriers, ceci explique peut être le pourquoi de mon engagement mais aujourd’hui j’ai la chance de faire de la musique et essayer de faire bouger les choses à travers celle-ci.

Quel regard jetez vous sur les réseaux France Afrique ?

T. J. F. : Ecoutez ! J’estime qu’on nous a balancé la photocopie d’indépendance maintenant à nous de réclamer l’originale ; tant que le prix de l’arachide au Sénégal n’est pas fixé par les Sénégalais, le prix du coton au Mali par les Maliens… il y’a maldonne. Il faut dénoncer le complot de l’occident contre l’Afrique.

Tu sembles partagé entre optimisme et désespérance quand tu parles de l’Afrique ?

T. J. F. : C’est vrai que je suis déçu par le comportement de certains opposants qui ont crié dans l’opposition et que j’ai soutenu mais qui une fois au pouvoir on retourné leur veste. Prenez l’exemple du Bénin , de la Côte d’Ivoire … Mon combat c’est d’arriver à changer les mentalités des gouvernants en particulier et de faire aboutir cette volonté d’unification du continent déjà chère à certains.

Aujourd’hui que tu as la notoriété, les moyens ; iras-tu jusqu’à créer un parti politique pour aller jusqu’au bout de ton engagement ?

T. J. F. : Tout au plus je peux accepter d’être conseiller mais si je vois des choses pas nettes je n’hésiterai pas à jeter l’éponge…

Que représente le grand frère Alpha Blondy pour toi ?

T. J. F. : Ce n’est pas une référence pour moi car il ne va pas au bout de ses idées. Mes références restent Thomas Sankara, Patrice Lumumba, Nelson Mandela .

Apparemment tu es bien au Mali ?

T. J. F. : Les Maliens sont un peuple formidable et je me sens très bien ici même si j’ai connu quelques décomptes pour un concert annulé … tout est rentré dans l’ordre.

Quand est-ce tu reviens au Sénégal ?

T. J. F. : Des que l’occasion se présentera ; et j’espère le plus rapidement possible car j’aime bien le Sénégal ; Il y’a des musiciens de talent comme Youssou N’dour…. Et je suis en train de travailler à la promotion internationale de Dread Maxim. J’adore aussi le ‘tiebou dieune’ qui à mon avis est l’un des meilleurs plats d’Afrique ; vous savez même au Japon on déguste ce fameux plat Sénégalais

Une femme Sénégalaise ?

T. J. F. : Rires ... Je ne suis pas encore marié ; elles sont belles …sait-on jamais

Discographie :

  • 1993 : Djelys (C’est le nom de l’orchestre qui l’accompagnait à ses débuts)
  • 1994 : Missiri
  • 1997 : Mangercratie 200
  • 1999 : Cours d’histoire
  • 2000 : Caméléon (Album non sorti en France, écrit pour combattre les militaires au pouvoir en Côte-d’Ivoire à l’époque)
  • 2002 : Françafrique
  • 2004 : Coup de gueule

Récompenses :

  • 2003 : “Mangercratie 200”
  • 2000 : Sony Victoires de la musique pour l’album “Cours d’histoire”
  • 1996 : Blue silver dans la catégorie Album reggae / Ragga / World avec France Afrique Missiri
  • 1994 : Djelys, Disque d’or France Afrique

Disque d’or : “Coup de gueule”

Contacts :fakolyprod yahoo.fr - http://www.tikenjah.net


Voir en ligne : Le221, mensuel de culture et de sports au Sénégal

Ibrahima Thiombane - Photos : Jacky Daniel Ly

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