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Quinze jours dans 15 m2 : un confiné raconte

Il s’appelle Amadou. Il a été placé en quarantaine dans un hôtel de Dakar pour avoir été en contact avec un proche infecté par le Covid-19. Il nous raconte son histoire et sa vie dans une chambre de 15 m2.

Partagez cette page Publié le 15 avril 2020 | 2 commentaires

Le 2 avril 2020, très tôt le matin, Amadou reçoit un coup de fil du ministère de la Santé qui l’informe qu’il a été en contact avec quelqu’un qui a attrapé le Codid-19. Il raconte.

Comment ça s’est passé au début ?

Après une longue discussion au téléphone, quelqu’un du ministère m’annonce qu’ils vont me mettre en quarantaine pendant 14 jours, la période d’incubation du Covid-19. Le soir vers 23 h 30, un agent est venu me récupérer chez moi en toute discrétion pour m’amener sur le lieu de confinement.

C’était ma première sortie en pleine nuit depuis l’annonce du couvre-feu. Nous avons franchi tous les barrages de la police et de la gendarmerie avant d’arriver à l’hôtel. On m’a mis dans une chambre au 5e étage avec ordre de ne pas en sortir. L’atmosphère des lieux a fait que je n’ai pas fermé l’œil de toute la nuit.

Le lendemain, très tôt le matin, une équipe est venue me faire le prélèvement et 72 heures après il s’est avéré que j’étais négatif au Covid-19. Je pensais que j’allais aussitôt rentrer chez moi jusqu’à ce qu’un agent me téléphone pour me dire qu’ils vont encore me retenir quelques jours pour s’assurer que je ne développerais pas les symptômes.

Comment vivez-vous la quarantaine ?

Au début, c’était difficile de rester entre quatre murs sans pouvoir en sortir, une sorte de prison. Mais maintenant je me suis habitué. Je mange dans la chambre, je fais le sport dans la chambre, des pompes. Tout se fait dans la chambre. On a une petite salle de bain, une télévision et une connexion wi-fi qui marche assez mal.

Les fenêtes ne s’ouvrent pas
Les fenêtes ne s’ouvrent pas

Le seul problème c’est qu’il n’y a pas d’aération. Les fenêtres ne s’ouvrent pas et nous ne disposons d’aucun matériel pour enlever la poussière alors qu’on est tout le temps enfermé à l’intérieur. Dernièrement, un enfant de 4 ans confiné dans une chambre avec sa maman a fait une crise d’asthme.

Moi, par exemple, je suis seul. Mais des couples dans la même situation que moi ont choisi d’être confiné ensemble. Ici, il y a des professeurs, des chefs d’entreprises, des pères et mères de famille, des femmes de ménage, tous mis en quarantaine pour avoir été en contact avec une personne infectée.

Qu’elles sont les mesures de précaution ?

Le personnel de la Croix-rouge apporte les repas
Le personnel de la Croix-rouge apporte les repas

Aucune sortie n’est autorisée. Les agents de la Croix-rouge qui assurent le suivi des contacts respectent la distanciation d’au moins un mètre et ils ont des masques et des gants. Une fois, je suis sorti pour aller récupérer mon ordinateur à la réception et au moment de descendre je me suis rendu compte que les agents avaient bloqué l’ascenseur.

Une assistance psychologique est aussi prévue car des personnes supportent très mal la quarantaine. Tout récemment, une maman a maintes fois demandé à voir un pédiatre pour son enfant sans succès.

L’alimentation comment ça se passe ?

Le « ceeb » est bien triste dans une barquette aluminium
Le « ceeb » est bien triste dans une barquette aluminium

Les repas sont assez variés, mais pas trop consistants et pas trop appétissants aussi. Mais on est obligé de manger ce qu’on nous donne, nous n’avons pas le choix. Les pères et mères de familles crient leur ras le bol par rapport à la qualité de la nourriture. « C’est du n’importe quoi et parfois même on n’a pas envie de manger » disent-ils.

Pour le petit déjeuner, on nous sert chaque jour la même chose, vers 9 h 30. Mais certains se plaignent et disent qu’ils ne peuvent pas tous les jours manger des omelettes avec de la margarine. L’alimentation des personnes mises en quarantaine doit être revue à mon avis.

Cette période de confinement est compliquée à gérer pour les mamans. Ma voisine est maman d’un bébé de 7 mois : elle a d’énormes difficultés pour nourrir son enfant. Son cas n’a pas été pris en compte.

L’absence de relations sociales et difficile à supporter

La mer, ça donne envie de sortir
La mer, ça donne envie de sortir

De la fenêtre de la chambre, je peux voir la mer et des gens marcher dans la rue et faire du sport. Mais je ne vois quasiment personne. Je sors juste dans le couloir pour vider ma poubelle, sans croiser âme qui vive. La personne qui m’apporte à manger échange quelques mots avec moi pour demander de mes nouvelles et je vois un médecin deux fois par semaine.

J’ai donné mon numéro de téléphone à ma voisine qui a un bébé et un enfant de 4 ans, alors on s’appelle de temps en temps. C’est très difficile pour elle, elle est obligée de laisser la télévision allumée pour que son fils se calme un peu. J’ai un membre de la famille dans la chambre en face de la mienne, on s’appelle aussi, mais on ne se voit jamais.

Le rôle des coursiers « tiak-tiak »

Les coursiers nous aident beaucoup. Moi je n’avais jamais utilisé auparavant les tiak-tiak. Mais quand j’ai eu besoin de mon ordinateur et de mes effets de toilettes, ce sont eux qui me les ont apportés. Quand j’ai voulu remettre les clés de ma maison, c’est eux aussi. Même pour mes médicaments, je les appelle.

On leur fait juste un transfert d’argent et ils nous règlent nos problèmes. D’autres comme moi règlent des problèmes beaucoup plus urgents à partir d’ici sans sortir des chambres.

Quels conseils donneriez-vous ?

Tout le monde peut se retrouver ici en quarantaine dans une chambre pendant 14 jours sans le vouloir. Une dame que je connais est ici tout simplement parce qu’elle est allée rendre visite à une personne infectée sans le savoir.

Alors la solution, c’est de rester chez soi et d’éviter les déplacements inutiles. Nous avons vu que les cas communautaires commencent à se multiplier : respectons les mesures d’hygiène, portons des masques et surtout « Toglen sen kër »

Amadou Gueye.

Messages

  • sn

    Bonjour grand respect et du courage .
    Merci pour ton temoinage tu as notre soutien .
    On pense toi pour ton courage c’etait dure mais c’est fini prend soin de toi

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  • Merci pour ce temoignage qui nous permet de prendre conscience de la réalité. Du courage M. Amadou. Respectons les consignes et restons chez nous

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