Société, reportage

Le Sénégal ne veut plus dépendre des touristes français : qui sont les marchés de demain ?

Pendant des décennies, la France a occupé une place centrale dans le tourisme sénégalais. Proximité historique, liens humains, diaspora, liaisons aériennes et habitudes de voyage ont fait du marché français l’un des piliers de la destination.

Mais le paysage est en train de s’élargir.

Publié le 29 octobre 2026  

Le Sénégal ne tourne pas le dos à la France. Le marché français reste stratégique et le pays continue de le travailler, notamment à travers sa présence à l’IFTM Top Resa à Paris en septembre 2026.

Dans le même temps, les autorités sénégalaises cherchent à développer de nouvelles clientèles, notamment aux États-Unis et au Canada, mais aussi en Allemagne, en Espagne, en Italie, au Royaume-Uni, en Belgique et dans les pays de la sous-région.

Derrière cette stratégie, une question se pose : qui seront les visiteurs du Sénégal demain ?

La France reste incontournable

Il serait trompeur d’annoncer la fin du tourisme français au Sénégal.

La France reste un marché majeur pour la destination. Sa place s’explique notamment par les liens historiques entre les deux pays et par une connectivité aérienne importante.

Les statistiques de trafic de l’ANACIM montrent qu’au premier trimestre 2025, Paris représentait 14,46 % des passagers arrivant à l’Aéroport international Blaise-Diagne parmi les principales liaisons recensées. Casablanca représentait 11,67 %, Madrid 5,95 %, Bruxelles 5,11 % et Addis-Abeba 4,57 %.

La France reste donc un marché essentiel.

Mais l’objectif affiché n’est plus de faire reposer toute la stratégie touristique sur quelques marchés historiques. Le Sénégal cherche désormais à élargir sa base de visiteurs.

Le Sénégal regarde au-delà de la France

Cette diversification est déjà visible dans la géographie des liaisons aériennes.

Paris reste la première origine parmi les principales liaisons internationales vers Dakar, mais Casablanca, Madrid, Bruxelles ou Addis-Abeba occupent également une place importante.

Cette diversité des connexions ouvre plusieurs portes vers le Sénégal : l’Europe du Sud, le Maroc et son réseau international, la Belgique ou encore l’Afrique de l’Est grâce au réseau d’Ethiopian Airlines.

Elle rappelle surtout une chose : le Sénégal n’évolue pas uniquement dans un marché touristique européen.

Il est aussi au cœur d’un espace ouest-africain où les déplacements sont nombreux.

États-Unis, Canada, Allemagne : les marchés à développer

Le Sénégal cherche désormais clairement à conquérir de nouveaux marchés.

Le ministère du Tourisme cite notamment les États-Unis et le Canada parmi les marchés faisant l’objet de stratégies ciblées. Plusieurs pays européens restent également concernés, dont l’Allemagne, l’Espagne, l’Italie, la Belgique et le Royaume-Uni.

Il ne faut toutefois pas confondre marché ciblé et marché déjà important.

Les États-Unis et le Canada font partie des clientèles que le Sénégal souhaite développer. Cela ne signifie pas qu’ils représentent déjà le même volume de visiteurs que la France.

L’enjeu est justement de créer davantage de demande et de faire connaître le Sénégal auprès de nouvelles clientèles.

L’Allemagne offre un exemple concret de cette stratégie. Le 8 septembre 2026, l’APIX a signé un partenariat avec Lufthansa Group afin de renforcer la connectivité et l’attractivité du Sénégal, tout en travaillant également sur les investissements et la promotion de la destination.

La diversification des marchés passe donc aussi par une question très concrète : comment rendre le Sénégal plus accessible ?

Et si le prochain grand marché était africain ?

Lorsque l’on parle de nouveaux marchés touristiques, on pense spontanément aux États-Unis, au Canada ou à l’Allemagne.

Pourtant, une autre clientèle pourrait prendre une place croissante : celle de la sous-région.

Les statistiques de trafic aérien montrent déjà l’importance des liaisons avec plusieurs capitales ouest-africaines. Au premier trimestre 2025, Abidjan, Conakry et Lomé figuraient parmi les principales liaisons internationales vers Dakar. Conakry représentait notamment 3,33 % des passagers arrivant à Dakar et Lomé 3,26 %.

Ces visiteurs ne viennent pas nécessairement au Sénégal pour les mêmes raisons qu’un vacancier européen.

Déplacements professionnels, visites familiales, événements, tourisme religieux ou culturel, shopping, courts séjours ou loisirs : les motifs de voyage sont multiples.

Le tourisme régional ne se résume donc pas au séjour balnéaire.

Le visiteur de demain pourrait aussi être un voisin.

Le Sénégal cherche aussi de nouveaux types de voyageurs

La diversification ne concerne pas seulement les nationalités.

Elle concerne aussi les raisons de venir au Sénégal.

En août 2026, l’Agence sénégalaise de promotion touristique a engagé une démarche pour mieux structurer le tourisme d’affaires et le secteur MICE, qui regroupe notamment les réunions, incentives, conférences et salons.

L’ASPT souhaite notamment mettre en place un bureau de convention destiné à favoriser la captation d’événements internationaux.

L’enjeu est important : un congrès, un salon professionnel ou un voyage d’entreprise fait travailler les hôtels, les restaurants, les transports, les agences événementielles et de nombreux autres prestataires.

Il permet également de diversifier les périodes de fréquentation et les profils de visiteurs.

Le Sénégal ne cherche donc pas uniquement des vacanciers.

Il cherche aussi des voyageurs d’affaires, des participants à des événements et des visiteurs attirés par la culture, le patrimoine ou la nature.

De nouveaux marchés pour une autre image du Sénégal

Cette évolution des clientèles va de pair avec une évolution de l’offre.

Le Sénégal souhaite développer de nouveaux produits touristiques, renforcer l’écotourisme, améliorer l’accessibilité des sites et augmenter les retombées économiques du tourisme dans les territoires.

L’objectif est aussi de ne pas réduire la destination à son littoral.

Patrimoine, histoire, culture, gastronomie, nature, écotourisme, sport ou événements peuvent permettre de toucher des voyageurs aux attentes très différentes.

Un visiteur venu découvrir le patrimoine, un voyageur attiré par la nature, un participant à un événement professionnel à Dakar ou un touriste régional venu pour quelques jours ne recherchent pas nécessairement la même expérience.

Diversifier les marchés suppose donc aussi de diversifier les produits.

2026, une année pour montrer un autre Sénégal

L’année 2026 offre plusieurs occasions de mettre cette stratégie en pratique.

La présence du Sénégal à l’IFTM Top Resa permet de travailler les professionnels du tourisme français et internationaux. Le partenariat entre l’APIX et Lufthansa renforce les ambitions autour de la connectivité et du marché allemand.

Et surtout, les Jeux Olympiques de la Jeunesse Dakar 2026 offrent une vitrine internationale exceptionnelle.

Le ministère considère les JOJ comme une occasion de renforcer le positionnement touristique du Sénégal auprès de nouveaux marchés. L’objectif affiché à moyen terme est d’atteindre 3 millions d’arrivées touristiques en 2027.

En août 2026, l’ASPT et le COJOJ ont également signé un partenariat visant à faire des Jeux un événement touristique à part entière, notamment en encourageant les visiteurs à découvrir le pays au-delà des sites de compétition.

Les JOJ peuvent ainsi servir de vitrine à un Sénégal qui souhaite montrer autre chose que ses destinations touristiques traditionnelles.

Alors, qui sont les touristes de demain ?

Il n’y aura probablement pas un seul « nouveau touriste » sénégalais.

La stratégie actuelle dessine plutôt une clientèle beaucoup plus diverse.

Des Français continueront de venir.

Mais le Sénégal veut également attirer davantage d’Allemands, d’Espagnols, de Belges, d’Italiens et de Britanniques, tout en développant les marchés américain et canadien.

À cette clientèle internationale s’ajoutent les visiteurs de la sous-région, les voyageurs d’affaires, les participants à des événements internationaux, les amateurs de patrimoine et de culture, les voyageurs intéressés par la nature ou la gastronomie, ainsi que la diaspora.

Le changement ne porte donc pas uniquement sur l’endroit d’où viennent les visiteurs.

Il porte aussi sur la raison pour laquelle ils viennent.

La France ne disparaît pas. Le marché s’élargit.

Le Sénégal ne tourne pas le dos au marché français. Sa présence à l’IFTM Top Resa et le maintien de la France parmi les marchés stratégiques le montrent.

Mais parallèlement, le pays cherche à multiplier les portes d’entrée : Europe, Amérique du Nord, Afrique de l’Ouest, tourisme d’affaires et nouveaux segments.

C’est peut-être là que se trouve le véritable changement.

Le Sénégal ne cherche plus seulement à attirer davantage de touristes. Il cherche à construire une destination capable de séduire davantage de profils, pour davantage de raisons et sur davantage de territoires.

Reste maintenant à transformer cette ambition en réalité : améliorer la connectivité, les transports, la qualité de service, les infrastructures et l’offre touristique.

Car conquérir de nouveaux marchés ne consiste pas seulement à convaincre les visiteurs de venir.

Il faut aussi leur donner envie de découvrir davantage le Sénégal, d’y rester plus longtemps et d’y revenir.

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