Économie, environnement / Sport et loisirs

Les plages de Dakar, endroits ludiques ou fosses septiques ?

Par une journée de canicule, après une semaine de dur labeur ou après neuf longs mois de travaux et d’études, la plage reste le seul endroit où il est possible de se rafraîchir, de se détendre et de profiter de ses vacances sainement. Jusqu’à quand ?

Publié le 15 août 2008   1 commentaire

A Dakar, qui est une presqu’île et une des plus belles capitales au monde, les nuits sont bien chaudes, vivantes et très ambiancées. Pourtant, force est de reconnaître que l’ennui et la monotonie deviennent les maîtres mots de nos journées. Les plages, Dakar, la Californie de l’Afrique, en a des plus belles. Seulement, impossible d’y mettre pied ou d’en profiter à leur juste valeur. Elles n’existent pour ainsi dire presque plus. Ce qui nous amène depuis quelques temps à une grande interrogation qui devient de plus en plus récurrente : Où sont passées nos plages ?

La privatisation….

Etymologiquement, ce mot vient du latin « privare » qui veut dire ôter de l’espace collectif. Et, c’est ce qui se passe dans un premier temps avec nos plages. Elles sont toutes devenues, en tout cas pour la plupart, les propriétés d’hôtels de luxe qui ne sont évidemment pas accessibles à la majorité. Celui à qui profite le plus ce phénomène est bien sûr l’Etat qui se voit ainsi apporter des recettes supplémentaires au détriment du bien-être de la population. Toutefois, dans ce cas précis, la privatisation a ceci de bien que les plages sont nettoyées et sont propres. Mais, ne vous trompez point, le fond vous ferait oublier sa beauté extérieure…

L’insalubrité…et la pollution…

Voici la définition que donnera La Convention sur le Droit de la mer sur la pollution : « l’introduction par l’homme, directement ou indirectement, de substances ou d’énergies dans le milieu marin incluant les estuaires. Lorsqu’elle a ou peut avoir des effets nuisibles tels que dommages aux ressources biologiques, à la faune et la flore marines, y compris la pêche et les autres utilisations légitimes de la mer, altération de la qualité de l’eau de mer du point de vue de son utilisation et dégradation des valeurs d’agrément ». Nous reviendrons sur cette définition amplement. Pour l’heure, il est possible de noter plusieurs niveaux dans la pollution en mer qui se caractérise suivant le type de polluant majeur (pollution par la matière organique, les pesticides, pollution microbienne, chimique par les métaux lourds, pollution thermique), la nature du milieu récepteur, la source de pollution et les subdivisions du milieu marin concerné.

Le problème de l’insalubrité des plages de Dakar et de la pollution de ses eaux prend de plus en plus d’ampleur. Pourtant, la mer est le berceau de la vie et joue un rôle très significatif dans l’équilibre de l’écosystème. Malheureusement, ‘’l’homme la considère comme une grande machine à laver’’ pour reprendre les dires d’Alexandre Alcantara, président de la fédération sénégalaise de surf. Machine à laver puisque l’homme se donne bonne conscience après avoir jeté les déchets et étant donné que ces derniers ne restent pas à la surface de l’eau, ils n’agressent pas ainsi ses yeux. Sans façon, le pollueur c’est vous et c’est nous.

Pourquoi polluons-nous ? Avant de nous en référer à l’Etat qui a bien sûr une part belle, c’est par nous que doit commencer cette lutte. C’est aussi une question d’éducation, il sera vital de faire comprendre aux communs des mortels que les déchets qu’ils jettent dans la mer constituent pour eux-mêmes un danger et un risque de maladie. Nos mers ne sont pas des ressources inépuisables. En parlant de déchets, faisons-y un zoom. Vous devez savoir qu’ils sont aux nombres de deux. Les déchets liquides que sont les eaux usées, les eaux de pluie et bien d’autres et les déchets solides que sont les filets des pêcheurs, les plastiques, les verres, les matériaux. Rien qu’en prenant le plastique, sa durée de vie est comprise entre 100 et 1000 ans. Ce qui revient à dire que vous jetez un sac plastique, vos arrière arrière petits-enfants le trouveront là. Vu sous cet angle, nous prenons conscience quand même de l’ampleur du geste quotidien que nous faisons qui est bien sûr de jeter n’importe quoi, n’importe où.

Avec ces déchets qui sont jetés dans la mer, voilà un peu ce qui se passe après d’un point de vue environnement. Étant donné que ces déchets sont mal jetés, la mer les rejette à son tour, ce qui fait l’insalubrité des plages. Et une plage qui est sale, ne donne l’envie de s’y baigner à personne, cela va sans dire. En ce qui concerne la pollution, les acteurs sont multiples. Nous citerons entre autres les industries, le port autonome de Dakar, les égouts qui font des rejets directs en mer sans aucun traitement. Les espèces marines sont très menacées et elles peuvent être considérablement vulnérables selon qu’elles sont confinées au plan hydrodynamique qui est un modèle particulier de circulation des eaux ou sur le plan géographique avec des baies fermées ou semi-fermées. Ce qui engendre une concentration des substances polluantes qui réduit les échanges entre l’atmosphère et l’océan.

En bref, une mer polluée ne respire plus ! Or, la mer a besoin de cet oxygène pour un foisonnement de la vie dans les milieux aquatiques. Prenons le cas du Port Autonome de Dakar qui est pour ainsi dire, un polluant non négligeable. Et pour cause, la perturbation de l’équilibre des écosystèmes littoraux est souvent liée aux activités qui y sont développées. Nous pouvons faire référence aux hydrocarbures largués avec les eaux de vidange de divers bateaux, l’antifouling (peinture antisalissure pour les coques des bateaux). Les ressources naturelles se voient fragilisées face à cette nouvelle menace que constituent les rejets chimiques issus des activités industrielles. En clair, on ne peut pas faire fi du problème de gestion du littoral sénégalais.

En ce qui concerne les eaux usées et de pluie, leurs rejets se font par le canal IV sur la baie de Hann et par les canaux de Gueule Tapée   et Fann. La plage de Yoff montre une image de désolation. Les égouts font un rejet visuel en toute impunité dans cette mer. Les plages de la corniche est, ouest et celle de Soumbédioune subissent le même traitement avec le canal de la Médina. Comme plage polluée, nous pouvons citer entre autres la Baie de Hann, les plages de Dakar centre au niveau du Terrou Bi, devant l’université, la plage de N’gor, des Almadies, la Baie des Carpes et Monaco plage. Pour la Baie de Hann, la pollution y a été tellement forte que de nombreuses associations se sont créées pour sauver cette baie. Les conséquences de cette insalubrité sont énormes et s’étendent sur plusieurs domaines.

Sur le tourisme…

Même si les touristes sont séduits par l’hospitalité légendaire du Sunugal, les odeurs pestilentielles ne rendent pas hommage à cette belle capitale et ils ne s’en plaignent pas moins de l’insalubrité. Notons que le tourisme est la première entrée de recettes pour l’économie sénégalaise après la pêche avec plus de 200 milliards de FCFA et plus de 7000 emplois directs. Le tourisme prend ainsi un sacré coup avec la dégradation de l’environnement car les plages sont les lieux de prédilection. Aussi, ce problème de pollution des plages de Dakar a une incidence grave avec des visiteurs qui n’ont pas à cœur de revenir dans une ville qu’ils jugent sale et de fréquenter des plages qui ressemblent beaucoup plus à des poubelles. Ceci a une retombée directe sur l’emploi avec un risque d’augmentation du taux de chômage et sur l’économie. Mais, dans ce secteur, ce ne sera pas la seule retombée négative.