Une association née du besoin de rassembler
Créée en 2007 au Lamentin, l’association Les Amis du Sénégal devient en 2011 Les Amis du Sénégal Caraïbes, affirmant son ancrage dans l’espace caribéen.
À l’origine, il s’agissait simplement de rassembler.
Créer un point de rencontre, maintenir le lien entre les familles sénégalaises installées en Martinique, partager des moments, ne pas perdre ce qui relie.
Au fil du temps, cette dynamique s’est élargie. Au 31 décembre 2025, l’association comptait 39 membres de différentes nationalités (Sénégal, Maroc, Guinée, Bénin, Cameroun, RD Congo, France et Martinique).
Aujourd’hui, elle fait vivre des cultures, crée des passerelles entre générations et entretient des liens concrets entre la Martinique et le Sénégal.
La yole, un patrimoine vivant
La yole martiniquaise est une embarcation traditionnelle en bois, utilisée depuis des générations par les pêcheurs.
Sa silhouette est reconnaissable entre toutes. Sa voile, son équilibre fragile, la coordination qu’elle exige : rien n’est laissé au hasard. Naviguer en yole demande précision, attention et confiance dans l’équipage.
Avec le temps, elle est devenue bien plus qu’un outil de pêche. Elle est aujourd’hui un symbole fort de la culture martiniquaise.
La traversée est portée par l’association Martinique Yole Ronde TransManche (MYRT), engagée dans la transmission de ce savoir-faire.
La yole a quitté la Martinique le 27 février 2026, transportée dans un conteneur. Son arrivée à Dakar est prévue fin avril. Sur place, une délégation de MYRT suit les opérations de déchargement et prépare les différentes étapes du projet.
L’embarcation, restaurée et adaptée, conserve son identité d’origine tout en s’inscrivant dans une nouvelle traversée.
Un trajet en écho à l’histoire
Le voyage ne se limite pas à une traversée maritime. Il s’inscrit dans une démarche mémorielle forte.
Pour les porteurs du projet, ce trajet symbolise un retour vers l’Afrique, à l’inverse des routes empruntées durant la traite négrière. Là où des hommes et des femmes ont été déportés, cette traversée entend recréer un lien, un chemin inverse.
Pour les initiateurs, la yole représente également le retour symbolique de ces âmes arrachées à l’Afrique pendant plusieurs siècles, comme un trajet inversé de l’histoire.
Ce voyage ne transporte pas seulement une embarcation, il porte une mémoire.
L’arrivée à Gorée, face à la Maison des Esclaves et à la porte dite « sans retour », renforce la portée de cette initiative. Ce lieu demeure aujourd’hui un symbole universel de la mémoire de l’esclavage.
Une commémoration et un héritage
Ce projet s’inscrit dans une continuité plus large, celle des échanges entre l’Afrique et les Caraïbes.
Il fait écho à la rencontre entre Léopold Sédar Senghor et Aimé Césaire, et plus largement à des liens culturels qui traversent les générations.
Tous deux ont contribué à porter le mouvement de la négritude, qui a permis d’affirmer des identités culturelles et de repenser les liens entre l’Afrique et les diasporas.
Plus récemment, l’arrivée d’une pirogue sénégalaise en Martinique, exposée à l’écomusée de Rivière-Pilote en 2025, a déjà matérialisé ces échanges.
’La yole s’inscrit dans cette même dynamique, en ajoutant un nouveau geste à cette histoire partagée.
Un geste symbolique à Gorée
À son arrivée, la yole martiniquaise sera présentée dans l’enceinte de la Maison des Esclaves.
Ce geste vise à matérialiser ce lien entre les deux territoires, dans un lieu chargé d’histoire. Il s’inscrit dans une volonté de transmission, de mémoire et de reconnexion.
À travers cette traversée, la yole ne relie pas seulement deux territoires : elle reconnecte une histoire, longtemps fragmentée, entre l’Afrique et les Caraïbes.


