Diaspora

Rougui Dia : Le métissage des saveurs

Depuis quelque temps on ne parle que d’elle, Rougui Dia, d’origine sénégalaise devenue la chef d’un grand restaurant russe des quartiers chics de Paris. Elle évolue dans le monde de la haute gastronomie, milieu très masculin où les femmes ont encore du mal à trouver leur place. Rougui Dia est l’exception qui confirme la règle : jeune, élégante et moderne, elle a su faire reconnaître son talent.

Publié le 11 décembre 2006  

Originaire du Fouta, c’est en 1976 que naît la petite Rougui. Trente ans après, elle se démarque d’un monde ingrat pour une femme.

« Au début la cuisine était une corvée ». C’est ce que déclare Rougui Dia dans ses interviews, en expliquant que sa passion n’est venue qu’après avoir concocté son premier plat : le latiéré khako, tant apprécié des peuls. Le grand succès trouvé auprès de sa famille la poussa instinctivement derrière les fourneaux. Elle décide donc d’orienter ses études vers la gastronomie en passant six ans de sa vie en école hotelière pour se retrouver très vite face aux difficultés du métier... Mais elle est tenace et pleine de bonne volonté. Elle commence par faire du service en salle avec la détermination d’évoluer. C’est en 2001 qu’elle est engagée chez Petrossian, fameux restaurant russe, connu pour son caviar qu’elle avoue « avoir mangé jusqu’à écœurement ». Et peu à peu son désir d’ascension se concrétise.

Ici tout le monde l’appelle « La perle noire » car elle vient mettre une touche personnelle et épicée venue d’Afrique dans des plats du grand et froid pays de Russie. Et c’est une nouveauté ! En plus tout le monde en raffole... « J’ai toujours mangé épicé, c’est dans ma culture, comme dans celle de la plupart des étrangers vivant en France. J’avais envie d’en rendre compte... » déclare telle. Le plus de Rougui Dia, c’est qu’elle aime innover et mélanger les saveurs : « J’aime découvrir, cela permet de voyager dans un même et seul plat, aussi bien en Iran, aux Indes ou en Afrique... ». Ses produits de prédilection : le poisson, les fruits de mer, les épices indiennes et le miel.

Très rigoureuse, exigeante et créative, c’est sans aucun doute ce qui a du plaire à son employeur, Armen Petrossian qui est le propriétaire de ce restaurant très réputé. Il explique son choix : « c’est le poisson qui nous réunit. La culture peule, ouverte sur l’Atlantique, a sa propre approche du poisson : une façon de le couper, de le préparer et de le cuire. Rougui possède un savoir faire inné ». Elle le cuisine côté peau et jamais complètement, pour lui conserver son moelleux. Rougui est plus modeste et déclare qu’elle a eu beaucoup de chance de rencontrer les bonnes personnes au bon moment.

Aujourd’hui elle est complètement integrée au milieu des toques masculines et les médias la convoitent énormément. Sa bonne volonté et sa ténacité lui ont permis de gravir les échelons dans un domaine difficile d’accès. Son talent n’est pas contestable et son ouverture sur le monde du goût est un plaisir pour nos papilles.

Restaurant Petrossian

18, boulevard de La-Tour-Maubourg, 75007 Paris .

Tél. : +33 (0) 1 44 113 232.


Voir en ligne : Le221, mensuel de culture et de sports au Sénégal

Léonore Jaury

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