Mohamed Mbougar Sarr n’a pas encore 25 ans, mais son premier roman, « Terre ceinte », a séduit le jury du Salon africain du livre de Genève qui a fermé ses portes dimanche 3 mai.
Le roman pose la question de savoir comment chacun de nous réagirait dans une situation de tyrannie et d’oppression – collaboration, résistance, lâcheté, héroïsme – sans proférer le moindre jugement.
À Kalep, ville du Sumal désormais contrôlée par le pouvoir brutal des islamistes, deux jeunes sont exécutés pour avoir entretenu une relation amoureuse. Des résistants tentent de s opposer à ce nouvel ordre du monde en publiant un journal clandestin. Défi lancé au chef de la police islamique dans un climat de tension insoutenable qui met en évidence des contradictions et brouille tous les repères sociaux. Mais la vie, à sa façon mystérieuse, reprend toujours ses droits. Terre ceinte met en scène des personnages enfermés dans un climat de violence. L écrivain sénégalais en profite pour interroger les notions de courage et de lâcheté, d’héroïsme et de peur, de responsabilité et de vérité. À travers des dialogues étonnamment vibrants, des temps narratifs puissants, la correspondance échangée par les mères des deux victimes, s’élabore une réflexion contemporaine sur une situation de terreur.
« Je reçois ce prix avec le seul sens qu’il me semble possible de lui donner : le sens d’un encouragement. Cet encouragement m’est bien sûr adressé ; mais je veux croire qu’il est aussi envoyé à tous ces anonymes qui vivent dans une terre ceinte quelque part en ce monde, qui y composent avec la terreur et, trop souvent, en meurent. En écrivant ce livre, je pensais à eux, à tous ces visages inconnus qui, à l’ombre de « l’Histoire avec une grande hache », sont aux prises avec des drames quotidiens. Ces drames silencieux qu’aucune caméra ne filmera parce que, voyez-vous, ce n’est pas très sensationnel. »
Terre ceinte de Mohamed Mbougar Sarr
Broché : 264 pages
Editeur : Présence Africaine (23 décembre 2014)
